Newsletter
Inscrivez vous à notre newsletter.
Je m'abonne
Je me désabonne
Acturevue recrute Pigistes bénévoles
Contactez-nous!





Acturevue sur Facebook




Rejoignez Acturevue sur Twitter



Directeur de publication
David Perrotin

Rédacteurs

Aurélien Clément
Xavier Rasmusen
Maud Coillard
Antoine Ziadé
Antoine Patinet


Communication

Atlantis Perrotin

Acces rapide
Accès rapide :
Recherche
Accueil > Témoignage > Moscou à travers le regard d'étudiants français

Moscou à travers le regard d'étudiants français
 Zoom
  Retour

Témoignage


Moscou à travers le regard d'étudiants français  


Chaque année, près de trois millions d'étudiants(1) quittent leur pays d'origine pour effectuer une partie de leurs études à l'étranger. Si le Royaume-Uni, l'Allemagne et les États-Unis demeurent les destinations préférées des français, certains optent pour des pays plus atypiques. C'est le cas de Sixtine et Vladimir, 20 ans, qui ont choisi de partir pour Moscou. Acturevue les a contactés. Récit.


Avec près de 4 500 jeunes inscrits dans les universités ou les grandes écoles françaises en 2010/2011, la France demeure le 4e pays d'accueil des étudiants russes. En revanche, la même année, seuls 500 étudiants français se sont inscrits dans l'enseignement supérieur russe. Ces chiffres traduisent le peu d'engouement des étudiants français à effectuer une partie de leurs études en Russie. Pourtant, pour Sixtine et Vladimir, la décision de partir dans ce pays s'est imposée rapidement.


Une destination atypique


C'est dans le cadre de ses études, à Sciences Po Paris, que Sixtine a été amenée à passer un an à l'étranger. Dans son école, le choix des destinations ne manque pas : Chine, Angleterre, Argentine, États-Unis... il y en a pour tous les goûts ! Mais pour la jeune fille, la décision a été vite prise : ce sera la Russie. Passionnée par la culture russe, elle a commencé à étudier la langue en classe de sixième et a déjà effectué plusieurs séjours dans le pays. L'étudiante aime la singularité de la Russie, l'atmosphère particulière qui y règne de part son histoire et ses valeurs.

Vladimir, lui, est parti dans le cadre d'un échange Erasmus. Étudiant en licence de sciences politiques, il ne parlait pas russe avant son départ et n'avait effectué aucun séjour dans le pays : « la Russie est un pays méconnu » explique-t-il, « les médias occidentaux en relaient une vision souvent inexacte. Pour se rendre compte de ça, je pense qu'il faut le vivre. Puis c'est très original comme destination, je trouve ça pas mal de l'avoir choisie : la Russie a quelque chose de terriblement attractif ».


©DR


Sous les clichés, la Russie


Vodka, neige, KGB, mafia... la Russie reste un pays mal connu et enchevêtré dans de nombreux stéréotypes. Le « zapoï » (l'excès d'ivrognerie) est un terme bien connu, qui suscite des sourires et des airs entendus. Selon des études, l'alcoolisme serait même la principale raison du taux élevé de mortalité en Russie. Autant dire que la passion russe pour la vodka y est sûrement pour quelque chose... Quant à la corruption, les élections législatives du 4 décembre dernier ont été là pour rappeler son existence. Les fraudes massives du parti de Vladimir Poutine, Russie Unie, ont donné lieu à d'importantes manifestations, sévèrement réprimées. À l'image de l'écrivain et opposant au pouvoir Edouard Limonov, qui a été interpellé.

Pourtant, c'est justement ce côté énigmatique, obscurci par les stéréotypes, qui a séduit Sixtine : « j'avais envie de venir ici pour voir à quel point la Russie ressemblait ou non à l'idée que je m'en faisais », explique-t-elle. En arrivant dans le pays, la jeune fille avait elle aussi beaucoup de clichés en tête. Et si certains ont été confirmés, d'autres ont rapidement volé en éclats.


Affiches russes ©DR


L'hospitalité Russe


« Tous les étrangers qui voyagent en Russie parlent de l'hospitalité et de la bonté russes » écrit Lilia Dromachko, une journaliste russe. Et cela, Sixtine le confirme : « les russes ont été très accueillants » raconte-t-elle, « j'ai rapidement sympathisé avec de jeunes moscovites. Ils sont ouverts, sortent beaucoup et sont très attachés à leur patrimoine culturel, qu'il s'agisse du sport, de la littérature, de la danse ou de la musique ». D'ailleurs, pour Lilia, il est aujourd'hui facile de faire fi des stéréotypes et de chercher à connaître ce qu'est vraiment la Russie. « Les plus grandes scènes du monde accueillent ses chanteurs et musiciens, ses sportifs ont conquis les podiums des plus grands tournois, les monuments de sa littérature classique sont encore populaires (...) Pour connaître la Russie, il suffit d'en avoir envie ».


Le racisme, un phénomène inquiétant


Si la montée des groupes racistes en Russie est un phénomène connu (on se souvient, en 2005, du meurtre d'un étudiant camerounais), c'est l'existence d'une forme de racisme au quotidien qui est le plus troublant. « Ici, beaucoup de gens nous disent de faire attention aux Caucasiens(2) » raconte Sixtine, « même les jeunes nous mettent en garde. Par exemple, il est normal de dire ''les Caucasiens sont violents et voleurs''. En revanche, dire le contraire est intolérable ». Au début, cela a grandement choqué l'étudiante. Mais au fil du temps, elle s'est habituée. Ou plutôt résignée : « on évite d'en parler... ».


Pour Vladimir, le racisme russe est différent de celui que l'on connaît en France. Comme Sixtine, il reconnaît qu'il est principalement dirigé contre les populations du Caucase, même si les personnes originaires d'Asie centrale sont aussi touchées. Ce racisme, il l'a observé dans la répartition des postes : « les emplois les moins rémunérés sont souvent occupés par des russes originaires d'Asie centrale ou de régions comme le Daghestan... pas de place pour eux aux postes les plus prestigieux ! ».

Les étudiants étrangers sont aussi touchés. Vladimir raconte : « le 4 novembre, c'est le jour de la fête nationale en Russie. À cette époque, sur le site des étudiants étrangers de ma faculté, un professeur a écrit qu'il était déconseillé aux élèves de "type asiatique" de sortir ce jour là, car des "hordes" de nationalistes, parfois néonazis, manifestent. Des incidents sont relevés chaque année, il parait même qu'il y aurait eu des morts ». Néanmoins, ces manifestations ayant lieu plutôt en périphérie de la ville, le centre de Moscou est relativement épargné. Le racisme ne se fait pas sentir de manière pressante.

Ce qui choque le plus l'étudiant, c'est le racisme au quotidien, véhiculé par des jeunes de son âge : « j'ai rencontré beaucoup de jeunes "bobos" à Moscou, pouvant parler littérature française pendant des plombes et critiquant vivement le régime de Poutine, la "cleptocratie". Mais ces jeunes finissaient toujours pas nous raconter qu'ils s'étaient fait agresser par des "étrangers", et que ceux-ci sont des "voleurs". Je ne sais pas si c'est une pensée courante en Russie mais je le crains. En France, peu de gens oseraient le dire ouvertement. J'ai bien peur qu'en Russie, ce soit une pensée omniprésente, acceptée par la population. À l'image de ce bar, près de ma fac, où l'on peut lire sur un écriteau "réservé aux vrais russes" ».


La Neva ©DR


La politique mise au placard par les jeunes


En Russie, les études menées sur la participation des jeunes Russes aux processus électoraux montrent que la catégorie des 18-24 ans est celle dont le taux d'abstention est le plus important. Il faut dire que, malgré les beaux discours de Vladimir Poutine et Dimitri Medvedev, aucune véritable politique pour les jeunes n'a été mise en œuvre. Aussi, le désintéressement de la jeunesse russe vis-à-vis de la politique viendrait du fait que les dirigeants ne prennent pas en compte leurs demandes et leurs aspirations.

À Moscou, Sixtine a ressenti cette indifférence des jeunes : « la politique n'est pas le sujet préféré des russes » explique-t-elle, « beaucoup de jeunes adorent leur pays tout en déplorant ce qu'il devient. Ils ne s'imaginent pas capables de pouvoir faire changer les choses ».

Néanmoins, les manifestations qui ont fait suite aux élections législatives ont montré un regain d'intérêt des jeunes pour la politique. Ou un "ras-le-bol" généralisé. Le régime de Vladimir Poutine a fait face au plus important mouvement de contestation depuis son arrivée au pouvoir, en 2000. Ce mécontentement de la population russe, et plus particulièrement des jeunes, marque un premier pas dans la remise en cause du régime. À quelques mois des élections présidentielles, ce mouvement saura-t-il s'amplifier et s'inscrire durablement ? Rien n'est moins sûr...



Maud Coillard

mcoillard.acturevue@gmail.com

Pour commenter cet article, rendez-vous sur Facebook ou Twitter



(1) En 2008, 2 883 280 étudiants dans le monde ont étudié hors de leur pays d’origine. Source UNESCO.

(2) Le Caucase est une région musulmane du sud de la Russie.


Acturevue© tous droits réservés
powered by Logiciel creation site internet Logiciel creation site internet