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Accueil > Société > Désamiantage et rénovation du métro: la RATP condamnée

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Désamiantage et rénovation du métro: la RATP condamnée  


Condamnée par le tribunal de commerce de Marseille à honorer un contrat de rénovation passé avec une entreprise de Cannes, la RATP pourrait faire appel.


En 2009, la RATP commande à l’entreprise de rénovation ferroviaire  AnsaldoBreda de retirer l’amiante présent dans plus de 100 rames de la ligne du métro parisien. L’entreprise mise en redressement judiciaire depuis septembre, se bat pour que la RATP, son unique client, honore son contrat qui s’élève à presque deux cents millions d’euros. Jeudi 27 octobre, la justice a condamné la RATP à poursuivre le contrat sous peine de payer 75 000 euros d’amende par jours.

 

Un contrat à 200 millions d’euros

 

En 2009, la société AnsaldoBreda basée à Cannes et qui compte 122 salariés, reprend le contrat signé entre  la société STP (liquidée depuis) et la RATP. L’entreprise ferroviaire a donc pour mission de rénover et de désamianter certaines rames du métro parisien :

  • 66 rames de la ligne 13
  • 59 rames de la ligne 8
  • 71 rames de la ligne 7


Pour un montant total de 187.234.414 euros.

 

La RATP a même insisté, lors de la liquidation de STP, pour que ce soit AnsaldoBreda qui poursuive le contrat. Le marché signé prévoyait des tranches fermes (la rénovations de la ligne 13) et des tranches optionnelles (la rénovation de la ligne 7 et 8) qu’il fallait confirmer.

 

« Le plancher sera traité comme déchet contaminé »


 

Le cahier des charges de la  RATP est très clair :

 

« La RATP signifie sa volonté de supprimer autant que possible sur ses voitures, tous les produits concernés (amiante, ndlr), et de les remplacer par d’autres, répondant aux normes actuelles, et ne présentant aucun risque potentiel pour les voyageurs ni pour le personnel de maintenance. »

 

Elle précise les procédures de décontamination à suivre :

 

« Le plancher ne doit pas être retiré, il sera traité comme déchet contaminé et retiré par le prestataire de service. »


Mais en septembre, le tribunal de commerce de Marseille décide de redresser AnsaldoBreda. L’entreprise investit alors près de 13 millions d’euros pour honorer le contrat… et ne pas mettre la clé sous la porte.

 

« Il suffit d’un trou dans le plancher ou d’une fuite »

 

La RATP ne respecte pourtant pas les conditions initiales du marché, selon l’entreprise, et refuse de confirmer les commandes optionnelles du contrat qui concernent la ligne 7 et 8.

 

Dans un droit de réponse après un article paru sur l’Usine Nouvelle, la direction de la RATP justifie sa décision par les nombreux retards d’AnsaldoBreda :

 

« AnsaldoBreda n'est intervenue que pour la rénovation technique et commerciale des matériels de la ligne 13, avec tous les inconvénients cités (plus de 5 ans de retard, nombreux problèmes à résoudre par les ateliers RATP) »

 

Et assure que finalement l’entreprise n’est pas compétente pour traiter les autres rames.

Elle ajoute que l’amiante présent dans ses rames ne présente aucun danger pour les conducteurs et les usagers, parce qu’il est « confiné ».

 

Interrogé sur ce point, un membre du comité d’entreprise d’AnsaldoBreda tient à quelques précisions :

 

« Oui l’amiante est confiné. Mais ce que les gens ne savent pas, c’est que les fibres d’amiante sont très dangereuses. Il suffit d’un trou dans le plancher ou d’une fuite et les usagers ou conducteurs seront exposés ».

 

Si retard il y a, pourquoi la RATP n’a pas résilié le contrat ?

 

Si la RATP invoque les retards de la société sur la rénovation de la ligne 13 pour ne pas poursuivre le contrat, l’avocat d’AnsaldoBreda ne comprend pas pourquoi elle n’a pas rompu tout simplement le marché :

 

« Pourquoi la RATP n’a jamais procédé à une quelconque résiliation du marché ? Alors que l’article 5.2  envisage précisément le cas de la résiliation du marché en cas de « retards systématiques et conséquents des livraisons des trains rénovés ». »

 

Pour les avocats d’AnsaldoBreda, les retards constatés « ne sont que le résultat des errements de la procédure de redressement judiciaire de la société ». La direction de l’entreprise a d’ailleurs promis par écrit, qu’elle investirait environ 4 millions d’euros pour pallier les retards de livraison et réembaucher certains salariés licenciés en 2009.

 

AnsaldoBreda souhaite donc  que la RATP confirme les options du contrat. Ce qui permettrait aux 122 salariés et aux 75 sous-traitants de conserver leurs emplois.

Un administrateur judiciaire de l’entreprise a demandé à la justice que la « RATP poursuive le contrat, sous astreinte de 100 000 euros par jour de retard ».

 

Le tribunal de commerce de Marseille a  considéré le 27 octobre, que  la RATP « semble trahir le respect de la loi des parties et de leur volonté à contracter » en considérant les tranches conditionnelles comme ne faisant pas partie du contrat initial.

Le tribunal condamne la RATP :

 

« Ordonnons la poursuite du contrat liant le groupement momentané d’entreprises AnsaldoBreda, et ce sous astreinte de 75 000 euros par jour de retard à compter du prononcé de la présente ordonnance. »

 

AnsaldoBreda sollicite l’Elysée

 

Contacté, le service presse de la RATP ne veut rien commenter :

 

« On s’oriente vers un appel de la décision, on réserve nos commentaires à la justice ».

 

En effet, la RATP fait opposition de la décision avant un éventuel appel, qui se tiendra le 16 novembre.

 

A la question de savoir comment peut-on justifier de ne pas vouloir désamianter des rames de métro, la RATP reste muette.

 

Le comité d’entreprise, qui a vécu un soulagement de « courte durée », promet de continuer à se « battre » pour obtenir gain de cause et s’en remet à l’Etat :

 

« Nous avons été reçu par Benjamin Gallezo, conseiller à l’Elysée, qui nous a promis de faire avancer le dossier. Nous attendons maintenant, qu’il tienne promesse. »

 

David Perrotin

(Article à retrouver sur Rue89)


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