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Dans les coulisses de Rungis
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Société


Dans les coulisses de Rungis  


13/12/11

Le marché de Rungis, c'est une grande ville à elle toute seule. Avec sa surface colossale et ses 18 millions de consommateurs par an, le plus grand marché de produits frais au monde a de quoi se vanter. Toute la nuit, hommes et femmes s'affairent sans relâche. Acturevue vous entraine pour une virée nocturne dans le pavillon des fleurs... Série immersion.


Entrer dans Rungis n'est pas une mince affaire. Il faut passer le péage, débarquer dans un marché grand de 232 hectares, prendre le mini-périphérique de 5 kilomètres et trouver une place sur le parking – cette dernière étape étant loin d'être la plus aisée. Rungis est plus grand que le 6e arrondissement de Paris. Difficile de s'y retrouver !

 

Une atmosphère unique

 

Quand on entre dans la halle aux fleurs coupées, on est tout de suite plongé dans les entrailles de la bête. 22 000 m2 de surface, trois fois celle d'un terrain de foot. Des hommes et des femmes s'affairent dans tous les sens. Il faut dire qu'on est jeudi, le jour de la livraison des fleurs. Néanmoins, alors qu'on imaginait un univers gueulard, il règne à Rungis un calme étonnant. Les fleuristes font leurs emplettes pendant que les producteurs préparent les chariots. L'ambiance est très conviviale, tout le monde sourit.


(Rungis, Maud Coillard)

 

Le secteur de l'horticulture et de la décoration ouvre tous les jours (sauf dimanche) à 4 heures. Il comprend un pavillon climatisé pour les fleurs coupées, six bâtiments chauffés pour les fleurs en pot et cinq autres pour les accessoires. Il est 4 heures 30 quand Grégory pénètre dans le pavillon aux fleurs coupées. Ce fleuriste d'une trentaine d'années tient une boutique non loin de là, à Sceaux (92). Du coup, il vient sur le marché au moins trois fois par semaine. Grégory préfère venir tôt, « pour avoir le choix » explique-t-il. « Mais du côté des produits carnés et de la mer, ça commence bien plus tôt encore. Vers deux-trois heures du mat' ».

 

Des fleurs, mais aussi des hommes

 

Rungis ne dort jamais. S'échapper en plein milieu de la nuit pour profiter du calme et de la solitude... pas ici ! Vous trouverez toujours de l'activité, quelqu'un pour vous raconter une anecdote croustillante. D'ailleurs le meilleur endroit pour ça, c'est le café de la halle. À 6 heures, les gars sont attablés autour d'un café et d'une tartine de pain beurrée. Ou d'une bière, pour les plus coriaces. On ne parle pas tellement boulot, mais plutôt des dernières nouvelles. Untel a eu des jumeaux, il est éreinté. Un autre envisage de déménager.


 (café de Rungis, Maud Coillard)


Rungis, c'est avant tout des hommes et des femmes avec leurs vies, leurs histoires. 12 000 personnes travaillent sur le marché. Une population haute en couleur, aux origines diverses, mais qui vivent la même passion et les mêmes horaires. Les nouveaux venus se mêlent bien aux anciens. À 4 heures du matin, il n'y a pas de place pour le snobisme et les simagrées.

Par contre, peu de femmes travaillent sur le marché. Le travail physique et les horaires décalés peu compatibles avec une vie de famille y sont sûrement pour quelque chose. « Quand tu es une femme, les gars sont aux petits soins, prêts à te faire un prix. Ils n'y en a quasiment jamais ici ! » explique Grégory.


(Rungis, Maud Coillard)


Un marché avec ses codes

 

Côté négociations, mieux vaut avoir confiance en ses fournisseurs. Il n'existe pas de prix « standard » pour les fleurs et ils varient en fonction du climat, de la saison, de l'origine de la plante... D'ailleurs Grégory a ses rituels. « Je vais toujours chez les mêmes fournisseurs. Ils me connaissent et nous avons établi une relation de confiance. En fait, il n'y en a qu'un sur le pavillon qui indique la date de coupe et le prix de ses produits ! » Seules un quart des fleurs viennent de France, la plupart sont importées.

En hiver, le choix est plus limité. Au mois de décembre, les sapins sont à l'honneur. Les petits producteurs proposent essentiellement des décorations de Noël. Du côté des grands fournisseurs, plus nombreux dans le pavillon, on trouve quand même une grande variété de fleurs. Pour ne pas être tenté par l'abondance des produits, Grégory  liste ce qu'il veut acheter. « Un peu comme au supermarché ! Il me faut une liste pour ne pas craquer sur des choses dont je n'ai pas besoin ou qui ne correspondent pas à l'esprit de la boutique » explique-t-il.


 (Rungis, Maud Coillard)


Par contre, chaque professionnel reste dans son secteur. Ou alors, s'il s'aventure dans les autres pavillons, il est considéré comme un client ordinaire. Pas de privilèges entre corporations ! Ainsi, un fleuriste raconte une anecdote. « Tous les ans, au moment des fêtes, j'allais au pavillon de la Marée pour acheter du saumon norvégien. Un vrai délice, ce saumon ! Mais l'année dernière je me suis entendu dire qu'il n'y en avait plus. Puis, j'ai surpris une conversation entre deux poissonniers. L'un proposait à l'autre de lui en trancher. Je les ai donc suivi, dans les sous-sols. L'un des poissonniers s'est retourné et m'a demandé ce que je fichais là. Finalement, il m'a donné du saumon. À contrecœur... »


 (Rungis, Maud Coillard)


Des couleurs au cœur de la nuit

 

Au coeur de la nuit calme, une fourmilière s'agite. Le contraste est saisissant. Au milieu d'allées grises et rectangulaires jaillissent des couleurs, des formes et des senteurs riches et variées. C'est ça le monde des fleurs de Rungis. La dureté du métier est adoucie par la convivialité qui règne et le bonheur d'exercer sa passion dans les règles de l'art.

Vers 7 heures 30, une fois leurs emplettes achevées et leurs camions chargés, Grégory et ses confrères rejoignent leurs boutiques, aux quatre coins de la France. C'est une autre journée qui commence.


 

Maud coillard

m.coillard.acturevue@gmail.com


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