1er hebdomadaire du net indépendant
" La culture, c'est ce qui demeure dans l'homme, lorsqu'il a tout oublié."
Proverbe japonais
Albert Camus et Jean-Paul Sartre : une relation tumultueuse
Jean-Paul Sartre et Albert Camus sont deux figures majeures de la vie intellectuelle française du XXème siècle. Romanciers talentueux (L’étranger, Camus ; La Nausée, Sartre), mais aussi dramaturges (Caligula, Camus ; Huis Clos/Les Mouches, Sartre), ils s’investissent également dans des journaux de référence (Combat pour Camus et Les Temps Modernes pour Sartre), et enfin, ce qui explique sûrement le mieux l’intensité de leur amitié, de leur rivalité puis de leur brouille, ils sont tous les deux philosophes, des penseurs engagés, membres de la résistance intellectuelle, ils sont proches des communistes et croient en la révolte.
Camus pourtant ne se revendiquait pas philosophe, il se qualifiait bien plus aisément d’artiste : « Pourquoi suis-je un artiste et non un philosophe ? C’est que je pense selon les mots et non selon les idées » disait-il à ce sujet.
Cependant sa vision de l’absurde relève bel et bien de la philosophie, Le Mythe de Sisyphe est un essai bien plus qu’un roman. Camus n’est pas un théoricien, c’est un homme passionné qui a besoin d’exemple, il parle à travers d’autres hommes, même lorsqu’il écrit ce qu’il ressent au plus profond de lui-même, même dans La Chute. Mais dans ses autres romans aussi, l’on retrouve un fond philosophique, une idée qui serait comme un tableau que l’on peint au fur et à mesure de la lecture, il en était conscient, bien sûr ; selon lui « un roman n’est jamais qu’une philosophie mise en images ».
Cette vision, Jean-Paul Sartre ne la partageait pas, c’est la raison pour laquelle il n’a jamais considéré Camus comme un vrai philosophe. Il faut se rappeler que Sartre a un statut de philosophe si l’on peut dire « officiel », il sort de l’Ecole Normale Supérieure, il est reçu premier (en vérité premier ex-æquo avec Simone de Beauvoir) à l’agrégation de philosophie (à sa deuxième tentative ; il fut collé la première fois car il avait, dit-il, « essayé d’être original »). Il est un des chefs de file de l’existentialisme, c’est un phénoménologue et de surcroît ses talents d’essayiste sont largement reconnus en France et même à l’étranger, notamment grâce à son essai phare L’Etre et le Néant.
Il était certes inévitable qu’ils se rencontrent mais qu’ils deviennent amis, rien n’était moins sûr. Au-delà de leur différence en tant qu’auteurs, leur vie personnelle et notamment leur enfance respective n’avaient pas beaucoup de points communs. Camus est né à Alger dans une famille plutôt modeste, tandis que Sartre est issu d’une famille alsacienne, protestante et bourgeoise. A ce niveau là, leur plus grand point commun est sans doute le fait qu’ils n’ont tous les deux jamais connu leur père.
Nous arrivons donc à Paris en 1943, Camus prend la direction du journal Combat. En 1944 se tient un rendez-vous emblématique, le 16 juin chez Michel Leiris. Le groupe de lecture de la pièce de Pablo Picasso, Le Désir attrapé par la queue, travaille à la mise en scène. Et sont présents, Albert Camus, Jean-Paul Sartre, Pablo Picasso, Simone De Beauvoir. C’est le début de l’amitié entre les deux hommes, même si Camus et Simone de Beauvoir ont eu un léger accrochage. En effet, Camus a pris la liberté de critiquer de façon ironique et explicite le costume du Castor (c’est ainsi que Sartre la surnommait) pour la pièce. Elle ne l’oubliera jamais. Simone de Beauvoir est tout de même la figure de proue du mouvement féministe, elle est l’auteur du Deuxième Sexe : la bible des femmes libres. Son intelligence n’a rien à envier à celle de son mari et elle jouit au sein de la « famille intellectuelle » de Paris d’une réputation relativement honorable.
Mais cet incident n’entachera pas les relations entre Camus et Sartre. Camus fait entrer Sartre à Combat, en échange de quoi ce dernier intègre Camus à la « famille intellectuelle » de Saint-Germain-des-Prés et du Café de Flore. Le tandem a alors un poids considérable tant en littérature qu’en politique et leur morale est alors une référence connue et reconnue.
Même si la rivalité qui se doit d’exister entre deux esprits aussi brillants semblait s’estomper, en 1947 vient la première « brouille ». Elle est causée par une critique de Maurice Merleau-Ponty (existentialiste et phénoménologue) publiée dans Les Temps Modernes, critique dans laquelle des opinions de Camus sont remis en cause.
A partir de là, les divergences politiques des deux hommes commencent à apparaître plus clairement. L’élément qui relancera le débat sera un témoignage des déportations dans les goulags soviétiques. Sartre qui est fortement attaché au communisme, se sert du modèle soviétique (bien qu’il le sache totalitaire et cruel) pour critiquer le gouvernement français. Camus ne cautionne pas ce procédé et veut dénoncer les atrocités commises en U.R.S.S. (rappelons que la révolte fait partie des thèmes essentiels et récurrents de la pensée de l’écrivain, nous ne citerons qu’une phrase de lui-même « Je me révolte, donc nous sommes »).
La situation devient donc assez frictionnelle, et L’Homme Révolté qui paraît fin 1951, provoque le mécontentement des communistes. Les premières critiques viennent d’André Breton, le « pape » du surréalisme, elles touchent aussi bien l’œuvre : « fantôme de révolte. », que l’auteur : « révolté du dimanche ». Sartre n’a pas encore réagi publiquement, mais il fait savoir à Camus que leur amitié est corrompue et qu’il ne peut pas le suivre sur la voie qu’il a choisie. Le malaise est déjà présent et le coup fatal est porté par un philosophe sartrien, Francis Jeanson qui publie dans Les Temps Modernes (donc avec l’accord de Sartre), un article qui dénigre de façon peu élégante, voire injurieuse, le livre et son auteur, Camus.
Suite à cela, Camus adresse à Sartre une lettre qu’il titre : Lettre au Directeur des Temps Modernes. Le ton est donné, ce n’est plus un ami qui écrit à un autre, mais un écrivain mécontent qui écrit au directeur du journal qui l’a injurié. Il engage donc sa lettre par « Monsieur le directeur, » et parmi les reproches de Camus, l’on pouvait relever celui-ci : « [Je suis las d’être critiqué par des gens] qui n’ont jamais mis que leur fauteuil dans le sens de l’Histoire » (qui fait allusion à la position de Sartre sur les goulags).
La réponse de Sartre ne se fera pas attendre, mais il commence sa lettre en exprimant la déception et les regrets que lui cause cette brouille :
«Mon cher Camus,
Beaucoup de choses nous rapprochaient, peu nous séparaient. Mais ce peu était encore trop : l’amitié, elle aussi, tend à devenir totalitaire. »
Cependant ayant été attaqué et estimant que la réaction de Camus était démesurée et témoignait d’un trop grand ego, Sartre lui adressa des attaques plutôt violentes telles que « D’où vient-il, Camus, qu’on ne puisse critiquer un de vos livres sans ôter ses espoirs à l’humanité ».
Comme la rupture entre deux hommes de cette importance ne pouvait pas passer inaperçue dans le paysage intellectuel, politique et même populaire, les deux lettres sont publiées dans le numéro des Temps Modernes du 30 juin 1952. Il s’agit pour chacun des deux hommes, et peut-être un peu plus pour Sartre, de ne pas perdre la face aux yeux des français. Et au mois d’août de la même année, l’on peut lire à la une de plusieurs journaux « Sartre, Camus : la rupture est confirmée ».
Ils n’iront plus jamais dans le même sens, sauf à la mort d’André Gide lorsque Les Temps Modernes et Combat diront tous deux de lui, qu’il fut sans doute « l’écrivain le plus libre du siècle».
Cinq ans plus tard, le prix Nobel de Littérature fut décerné à Albert Camus qui l’accepta à contrecœur, estimant qu’André Malraux le méritait plus que lui. Le 10 décembre 1957, lors de la remise de son prix Nobel, en Suède, il prononça un discours, qui dépeint avec une lucidité qui relève du génie, la situation de l’humanité depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale : " Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde ne se défasse" . En toute humilité il dédia ce discours, qui est d’ailleurs toujours d’actualité, à Louis Germain, son instituteur à Alger qui lui permit d’obtenir une bourse d’étude.
Camus nous quitta trois ans plus tard, le 4 janvier 1960 à 13h55, lorsque la Facel Vega conduite par son ami Michel Gallimard sorti de la route pour aller s’écraser contre un arbre ; privant ainsi la France et même le Monde de tout ce qu’aurait encore pu accomplir l’homme qui, à travers l’absurde avait finalement mieux compris le monde que beaucoup d’autres.
En 1964, Jean-Paul Sartre se vit à son tour honoré du prix Nobel, mais le refusa. Il essaiera sans relâche jusqu’à la fin de sa vie de changer le rapport que les intellectuels entretenaient avec le peuple, mais sa tentative, bien qu’utile, ne peut être considérée comme un succès. Il s’est éteint le 15 avril 1980 d’un œdème pulmonaire, après avoir souffert pendant cinq ans de l’aggravation de la maladie qui affectait ses yeux. Ses écrits sont encore aujourd’hui considérés comme des références aussi bien en philosophie qu’en littérature.
V.Moreau
L'équipe de rédaction
Directeur de publication
D.Perrotin
Rédacteurs en chef
C.Merlaud
Arthur-Léo.P
J.B.R
Rédacteurs
A. Rozès
C.Lagorce
E.Malafa
M.Lagarde
A.Perrotin
V.Moreau
...
Un peu plus loin
Rejoignez nous sur Facebook ou Twitter et soyez averti de tous les nouveaux articles
Newsletter pour être averti de nos nouveaux articles par mail
(entrez votre adresse)
Faut-il croire les journalistes ?
Ce petit livre d’entretien met en lumière les défauts de la presse en général. Souligne les raisons de sa crise. Et marque un avertissement…
Question à la fois récurrente et surprenante.
Le monde bouge, le monde évolue, et les médias avec. Aujourd’hui, la presse se confond avec les médias, le spectacle de la télé, les buzz d’internet.
Ainsi, le livre fait d’entretiens avec Serge July, Jean-François Kahn et Edwy Plenel vient remettre à plat quelques idées parfois oubliées du journalisme, du vrai !
Ces interviews mettent en relief une idée commune : Celle de la crise de la presse. Une crise liée à l’économie mais pas seulement…
En effet, Kahn et Plenel sont d’accords pour dire qu’il y a une crise de l’offre. C’est à dire que les journaux restent encore trop liés à leurs méthodes jugées maintenant archaïques et obsolètes.
Il faut un journalisme de faits.
C’est ce qu'Acturevue retiendra principalement de ce petit ouvrage ; l’idée selon laquelle l’information est fondamentale. Car seule celle-ci peut influencer de façon certaine la chose publique. Une opinion n’est que subjective relative et abstraite. Une information, elle, quand elle est vérifiée et recoupée ne peut qu’acquérir son statut de vérité objective capable de donner un sens au journalisme. Capable de lui faire tenir le vrai rôle d’un contre-pouvoir.
Le journalisme est une affaire d’inquiétude et de vigilance.
Peu de gens peuvent se prétendre journalistes aujourd’hui, quand nous constatons toujours plus de complaisance voire de connivence entre la presse et les différents pouvoirs.
Rares sont les journalistes et encore moins les journaux qui peuvent véritablement se dire indépendants. La presse française l’est-elle ? Lorsque le premier investisseur de journaux est l’ami de Nicolas Sarkozy, j’ai nommé Lagardère ?
Attention !
La presse n’est pas libre par essence. La presse n’est pas libre et ne peut pas l’être face aux pouvoirs toujours plus accrus du président de la république.
Cependant, pour que la presse puisse le devenir, les citoyens que nous sommes doivent être attentifs. Le journaliste plus encore car sa liberté est notre liberté. Sa possibilité de révéler des affaires, permet à nous, simples citoyens, de les connaître. Et ainsi de se faire une idée de la cité, de voter en toute connaissance de cause, grâce, non pas au politique qui est dans un jeu permanent, une histoire, mais au journaliste qui vient distiller de la réalité, des vérités, parmi les belles illusions des dirigeants.
Ne pas accepter la censure, s’offusquer des pressions, s’alarmer contre l’excès de pouvoir est l’affaire de tous.
C’est ce que rappelle ce livre, c’est ce qu’essaye de rappeler Acturevue !
Faut-il croire les journalistes?, S.July, J-F Kahn, E.Plenel, édition MORDICUS, 13,50€, 166 pages.
D.Perrotin
Mon intime conviction
Tarik ramadan, « cet intellectuel au double discours » (comme certains aiment l’appeler) ancre sur des pages blanches sa pensée.
Peut-être pour signifier à ses détracteurs, à Caroline Fourest par exemple, qu’il n’a pas peur de prendre position et d’éclaircir son discours pour être mieux compris. Il est tout de même probable que cela ne suffise pas.
Tarik Ramadan : Diplomate de deux mondes
En réalité, il faudrait plutôt assimiler ce professeur d’études islamiques contemporaines à l’université d’Oxford, à un diplomate.
En effet, son travail, sa vie, sont attachés à faire le pont entre deux mondes : Le monde musulman d’un côté et le monde occidental de l’autre.
Il s’interroge donc sur les moyens à mettre en œuvre pour concilier ses deux univers et permettre aux musulmans occidentaux et aux occidentaux eux mêmes de vivre ensemble. Loin de dédouaner les musulmans de leurs fautes, il précise qu’il faut que ces derniers cessent de se conforter dans un statut de victimes ou de minorité et prennent part à la chose publique. Mais Ramadan ajoute également que « l’intégration » des musulmans en Europe, ne pourra avoir lieu que lorsque les gouvernements cesseront de parler de nécessité d’intégration. Lorsqu'ils reconnaîtront que les musulmans sont avant tout des citoyens comme les autres.
En effet, comment les musulmans peuvent-ils se sentir appartenir à une nation, si celle-ci leur rappelle sans cesse qu’ils ne sont pas intégrés, qu’ils sont suspects à cause des pratiques radicales d’une extrême minorité de la population…
Ce livre est également une parfaite contribution au débat sur l’identité nationale. L’économiste Amartya Sen qui veut illustrer les thèses de Tarik Ramadan donne ainsi comme exemple : « Supposez que vous soyez poète et végétarien : si vous êtes invité à manger, ce n’est ni le moment ni le lieu de décliner votre identité de poète, et si, par ailleurs, vous assistez à un cercle de poésie, vous n’allez pas vous présenter comme « végétarien », sauf à passer pour un original déphasé". En somme, la réponse de Ramadan à Eric Besson, serait que nous avons une multitude d’identités selon les moments et l’environnement de chaque individu.
L’on perçoit alors l’idée que la cohabitation entre musulmans et non musulmans ne pourra voir le jour que lorsque d’un côté les premiers auront accepté l’idée qu’ils peuvent habiter dans un pays non religieux tout en appliquant les principes fondamentaux de l’Islam (principe de justice, d’égalité, d’humanité) et de l’autre, lorsque les non musulmans se seront ouvert à cette culture, auront compris que le rejet de la culture par "l’assimilation" n’est pas la solution.
Mais qu’il faut plutôt chercher à comprendre l’autre, le considérer et le respecter. Cela semble pour nous, et pour l’auteur, l’unique solution au vivre ensemble.
Il est intéressant d'analyser, au-delà des polémiques, le rôle de Ramadan. En effet, celui-ci est au milieu de deux cultures. « Européen de culture », et « musulman de religion », certains diront qu’il est un fondamentaliste au double discours.
Nous, nous dirons qu’il a adopté la dure tâche du médiateur, du diplomate.
Comme en politique, les échecs d’une négociation sont imputables au diplomate, mais les succès du compromis ne lui sont jamais reconnus. Et bien, c’est la même chose pour Tarik Ramadan. Les musulmans radicaux, ou les occidentaux hostile à la religion musulmane l’accuseront toujours.
Les autres, cependant, peuvent percevoir dans son message un moyen de réconciliation de deux civilisations. Une idée capable d’enrayer le soi-disant clash des civilisations.
Seulement, il faut comprendre que lorsque l’on veut faire ce travail il faut s’adapter au public auquel on s’adresse. Prendre le temps de mettre en œuvre des actions (locales) qui font comprendre aux musulmans qu’ils ont une place en occident, qui font comprendre aux occidentaux, qu’ils ont un intérêt et une richesse à percevoir, s’ils s’ouvrent.
Cet ouvrage fait en tout cas preuve d’intelligence, de tolérance et d’ouverture, même certains le contesteront toujours.
Mais Tarik Ramadan fait preuve de discernement et de lucidité, qui loin de l’univers médiatique et du sensationnalisme permanent, permet de réfléchir attentivement à des questions importantes.
D.Perrotin
Mon intime conviction, Tarik Ramadan, Presse du châtelet, 185p, 22€
Un Roman français
Beigbeder est un auteur particulier qui n’a jamais fait l’unanimité, adoré par les uns, haï par les autres : il n’y pas de juste milieu; en clair, on aime ou on n’aime pas.
Un roman français est aussi victime (ou bénéficiaire selon le point de vue) de ce phénomène.
Frédéric Beigbeder a été arrêté le 29 janvier 2008 à Paris pour avoir consommé de la cocaïne sur le capot d’une voiture en sortant d’une boîte de nuit parisienne.
Il est alors contraint de passer la nuit au dépôt. C’est dans ce contexte qu’Un roman français a vu le jour. Dans sa cellule il se repasse le film de son enfance, ses vacances à la plage mais aussi et surtout le divorce de ses parents et sa rivalité avec son frère Charles (aujourd’hui décoré de la légion d’honneur pour avoir notamment montré l’exemple d’un capitalisme positif).
Beigbeder nous avait habitués à un style agréable, une expression crue sans tabous, mais il n’avait jamais ôté de cette façon son masque d’écrivain pour nous parler de lui.
Il a cette faculté qui lui permet de prendre du recul par rapport à sa vie. En fait, en lisant le livre, on a presque l’impression que le narrateur est omniscient du fait de sa lucidité.
Et c’est là que réside la controverse.
Certains verront dans ce récit celui d’un enfant né dans une famille bourgeoise qui aurait pris la grosse tête suite au succès de ses livres et qui serait devenu un « sale gosse » qui prend de la drogue.
D’autres verront (et ils auront bien raison) un enfant qui a vécu une enfance matériellement heureuse mais qui aurait souffert du divorce de ses parents et qui se serait habitué à vivre dans l’ombre de son grand frère.
Puis, après des études respectables, voire brillantes, ce jeune homme aurait découvert ses dons et se serait épanoui à travers ses romans.
Pour ce qui est de la drogue, on peut s’appuyer sur le fait que, malheureusement, la cocaïne n’est pas une chose rare dans les boîtes de nuit. On peut aussi prendre comme exemple le livre, Nouvelles sous ecstasy (Gallimard) paru en 1999 dans lequel Beigbeder dénonce l’usage de cette drogue chimique, bien qu’étant, à l’époque, un consommateur.
Il y a également dans ce livre une dimension profondément humaine.
Cette humanité, elle ne se résume pas, on la découvre au fil des pages, elle est cachée dans l’humour et la mélancolie de l’auteur.
Cette sincérité donne l’impression que ce roman est pour Beigbeder une façon de faire le point sur sa vie et son œuvre. Et bien j’espère qu’il en a déduit qu’il lui reste beaucoup de livres à écrire parce que dans notre monde ils ne courent pas les rues, les hommes capables d’ouvrir leur être aux autres et d’offrir un florilège de sentiments de toutes sortes à une époque où l’on commence doucement à renouer avec les valeurs premières de l’humanité.
A lire aussi : Windows on the World (Grasset) 2003, prix interallié
V.Moreau
Prix Renaudot 2009
Bien que son talent soit contesté au sein de la rédaction, son succès remis en cause, Acturevue a décidé de présenter un point de vue qui fait l'éloge de son dernier livre.
Un roman français, Frédéric Beigbeder, éditions Grasset, prix Renaudot 2009
Le Machisme au féminin
Son cri d’entrée nous rappelle immédiatement « Le père noël est une ordure » et les célèbres répliques de Josette.
Marie-Anne Chazel incarne cette fois-ci un homme (Charlie) qui une fois mort ressuscite dans la peau d’une femme (Angèle). Le contexte est cocasse, les scènes sont drôles, le jeu sublime.
Cette pièce fait rire mais fait aussi réfléchir.
Quoi de plus efficace que de mettre en lumière le machisme intrinsèque d’une société, lorsque cela vient d’un homme d’apparence féminine ?
L’homme, ancien scénariste au relatif succès, veut maintenant, en tant que femme, trouver un travail aussi prestigieux qu’auparavant. Problème… Les bons postes ne s’obtiennent que par le sexe.
Elle veut trouver l’amour… Mais doit faire face aux bestialités masculines.
La pièce est aussi tendre et touchante.
L’ancien Charlie, désormais nommé Angèle se demande si l’amour rend toujours heureux. Et doit faire face à ses sentiments avec son meilleur ami. On lui explique « qu’aimer ce n’est pas souffrir, ou alors ce n’est pas de l’amour… », mais pourtant c’est un fait : Elle aime éperdument tout en souffrant.
Au fil du temps, Charlie s’habitue à sa vie de femme, apprend, grâce à son ami, toutes les subtilités féminines : marcher avec des talons, rire aux blagues parfois vaseuses des hommes, faire du charme pour obtenir de l’aide… On découvre l’exigence que cela peut-être d’être une femme, et surtout de cohabiter avec ces hommes.
On s’interroge aussi sur des éléments que l’on oublie souvent : Comment peut-on encore admettre que les femmes soient globalement moins payées que les hommes ?
Il est certain que la pièce est un véritable moment de fraîcheur. La salle rit aux éclats et n’en finit plus d’applaudir les comédiens.
Rien de mieux pour faire passer un message que de détendre les gens, les amuser pour mieux les persuader.
Goodbye Charlie, Théâtre de la Michodiére
D.Perrotin
L'amour selon Hemingway
Comprendre un homme comme Hemingway c’est aussi comprendre son œuvre.
Avant tout parce que son œuvre est inspirée de sa vie, mais aussi parce que lorsque à 22 ans un homme a connu l’amour, la mort, la tristesse, la peur mais aussi la joie, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’il concentre ses œuvres sur des faits importants, et qu’il laisse à d’autres le soin d’illustrer les petites questions quotidiennes ou la réalité de la monotonie de la vie.
Justement Hemingway nous montre quelles expériences, quelles sensations font qu’une vie peut être passionnante.
Dans l'étrange contrée, c'est l'amour dont il est question.
Plus précisément il s’agit d’une relation étrange, à la fois belle et enfantine, de temps en temps mature et simple.
Le théâtre de cette nouvelle est la Floride.
Un jeune écrivain, Roger, voyage avec pour compagne une femme bien plus jeune que lui, Helena.
Tous les deux sont mariés, sûrement divorcés ; le passé semble ne pas avoir d’importance, mais on ne peut cependant pas l’évincer entièrement. Il fait partie de l’amour, comme tout dans ce roman.
Chaque geste, habitude ou objet semble entretenir une étroite relation avec l’un des deux personnages.
Les dialogues peu communs et répétitifs donnent au texte une atmosphère absurde. Bien que l’histoire s’inspire d’un classique de la littérature américaine, c’est-à-dire rouler en voiture sans trop savoir où l’on va et s’arrêter selon ses envies, ses caprices ou les rencontres que l’on fait, il est assez difficile de se faire une impression claire du roman.
Il faut pour saisir au mieux le sens de l’histoire, se concentrer sur la relation entre les personnages: c’est le fil directeur du roman. Hemingway leur fait jouer le jeu de l’amour : des questions, des approches, des histoires, et finalement « l’étrange contrée ».
Parfois touchante, parfois choquante, souvent étonnante, cette nouvelle est une lecture brève mais agréable.
On peut avoir, lorsqu’on ferme le livre, l’impression d’être passé à côté de quelque chose, voire de tout.
Il faut peut-être comprendre qu’il y a des choses dans la vie, en l’occurrence l’amour, qui ne sont pas faites pour être comprises mais pour être simplement vécues.
Cette ambiguïté dans le roman est assez récurrente dans la littérature américaine, on peut notamment retrouver un état d’esprit similaire à propos de l’amour dans les œuvres de J.D. Salinger.
V.Moreau
BiO
Ernest Hemingway
(1899-1961)
Ernest Hemingway est considéré comme un géant de la littérature américaine.
Il commence à écrire dès 19 ans, en tant que rédacteur au Kansas City Star.
Il devient ensuite journaliste et couvre les deux guerres mondiales, il n’a que 22 ans quand il revient.
Il habite à Toronto, à Paris, en Afrique, en Floride et finalement à Cuba. Il a eu 4 femmes.
Il reçoit en 1953 le prix Pulitzer pour Le vieil homme et la mer. En 1954 il reçoit le prix Nobel.
Rongé par sa consommation d’alcool et l’impression d’un vide dans sa vie, il se donne la mort à 62 ans et laisse derrière lui un nom légendaire auquel est attribué plusieurs des meilleurs textes américains jamais écrits.
Décryptage médiatique de l'offensive Israélienne
Denis Sieffert, journaliste à "politis", et connu pour son intérêt pour le conflit israélo-palestinien, s'intéresse dans cet ouvrage, à la dernière offensive Israélienne sur Gaza qui a fait plus de 1300 morts palestiniens( dont 300 enfants).
Plus qu'une analyse du traitement médiatique de ce conflit, l'auteur propose de revenir sur les événements, en étudiant la stratégie de communication utilisée par les dirigeants israëliens. Et en rétablissant dans le même temps, quelques vérités bien souvent ignorées par les médias.
Le lecteur dépasse ainsi les contre-vérités répandues à propos de la rupture de la trêve (par le Hamas) qui aurait déclenché le conflit, pour s'apercevoir des manigances politiques d'Israël et de la préméditation de cette guerre qui avait été annoncé bien avant 2008.
On découvre ou redécouvre également quelques personnages clefs de ce conflit (Bernard-Henry lévy, Fréderic Encel...) avec leurs contradictions, leurs hypocrisies et parfois même leur rôle toujours plus accru concernant la désinformation à propos du Hamas ou des décisions du gouvernement d'Israël.
L'auteur a le mérite d'éclairer le sujet par des informations, des chiffres et des sondages afin de dire, à sa façon, la vérité. Laissant ainsi de côté les discours passionnés censés défendre l'un ou l'autre des protagonistes.
Quelques journaux (Libération, Tribune juive, Le point...) sont passés en revue, et permettent de mettre en lumière la partialité de certains journalistes. Ces derniers n'hésitent pas à sélectionner qu'une partie de l'information, acceptant parfois même que celle-ci soit erronée, pour faire passer leurs idées (ex: Sur les tirs de Roquette, sur les responsables de cette offensive etc...)
Denis Sieffert prend le risque, argument à l'appui, de casser les préjugés d'une victime qui serait Israël, et d'un coupable qui serait le Hamas (dirigé par l'Iran). Et ce, pour soulever la complexité du problème et balayer les erreurs qui "pourrissent" bien trop souvent le débat autour de cette cruelle question: Le sort de la Palestine.
D. Perrotin
La nouvelle guerre médiatique Israélienne, La découverte, 149p, 11,50€