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Opium

Une face cachée de l’Afghanistan : la loi de l’Opium

28/09/09

L’Afghanistan est à ce jour le premier producteur d’opium au monde, devant la Birmanie.

 

La culture du pavot est une pratique très présente dans l’histoire récente du pays. Pour en faire la chronologie il faut remonter en 1970.

La culture du pavot est déjà depuis longtemps active dans le pays mais ce n’est qu’à cette date que la production devient comparable à celle d’une activité industrielle, elle est alors estimée à 100 tonnes d’opium par an.

La Birmanie qui fait partie du Triangle d’or (Birmanie – Laos – Thaïlande) est encore le premier producteur mondial, suivie par le Croissant d’or (Afghanistan – Iran – Pakistan).

 

Bien que les champs de pavot apparaissent plus tôt dans l’histoire de l’Afghanistan qu’ils n’apparaissent dans celle de la Birmanie, Le Triangle d’or a su optimiser sa production d’opium dès 1950.


Ce n’est qu’au début de l’année 1980 que l’Afghanistan devient le premier producteur mondial.

En effet la Birmanie, dans les années qui précèdent n’a pas bénéficié de conditions de culture idéales et le gouvernement a rendu obligatoire la destruction des plans; de ce fait le pays s’est trouvé incapable de concurrencer le Croissant d’or.

Pendant l’invasion soviétique de 1979 à 1989, le trafic d’opium connaît une croissance sans précédent, l’absence de contrôle permet aux paysans de cultiver le pavot à leur guise et aux trafiquants de solidifier leur réseau.

Après le départ des forces soviétiques, la guerre civile éclate entre les Talibans et les forces gouvernementales fidèles au général Massoud, le contrôle des champs de pavot devient alors un des principaux objectifs.

 

Lorsque les Talibans, soutenus par les pakistanais et les États-unis, prennent le pouvoir entre 1996 et 1997, l’Afghanistan retrouve alors sa place de premier producteur mondial.

La production d’opium est relancée. Durant l’été 1996, Oussama Ben Laden trouve refuge dans le pays et y lance un djihad contre les Etats-Unis.

C’est dans la même année qu’entre en scène le Front Uni, dirigé par l’ex-ministre de la défense Massoud, il s’agit d’une nébuleuse de groupes armés (ex- Moudjahiddin) pour la plupart, qui luttent contre les Talibans au pouvoir. Cette formation est aussi appelée Alliance du Nord par les médias afghans.

 

En 1999 le pays enregistre une production record de 4600 tonnes, presque le double de l’année précédente, ce qui correspond à 75% de la production mondiale.

En 2001, à la suite de l’édit religieux proclamé en juillet 2000 par le mollah Mohammad Omar, commandeur des croyants et chef suprême des Talibans, la production se limita à 185 tonnes dont seulement 35 provenaient des zones sous contrôle Taliban, les 150 autres ont été enregistrées dans des zones contrôlées par le Front Uni.

 

Le 9 septembre 2001 le commandant Massoud, figure centrale du Front Uni est assassiné. Deux jours plus tard ont lieu les attentas du 11 septembre.

Suite à cette attaque, les Etats-Unis ne tolèrent plus les talibans, ils financent alors le Front Uni qui prend le pouvoir début 2002.


Depuis, l’Afghanistan a retrouvé sa place de leader mondial du trafic d’opium (3400 tonnes en 2002).

Ce trafic constitue pour le gouvernement afghan, comme pour les Talibans, maintenant appelés « insurgés » une source de revenus non négligeable.

Rappelons que le trafic de stupéfiants serait le troisième commerce en importance dans le monde derrière le pétrole et l’alimentation, mais surtout devant les armes et les médicaments, d’après l’ONS.

 

L’ONU estime qu’en 2008 la culture du pavot et le trafic d’opium engendrait un chiffre d’affaire de 2,8 milliards de dollars, soit 38% du P.I.B. afghan.

Aujourd’hui cette question sensible soulève de plus en plus de problèmes. Le gouvernement afghan ne peut pas supprimer une source de revenus aussi conséquente pour son économie sans lui trouver de substitut, mais même s’il le voulait, l’obligation de détruire les champs de pavot entraînerait la colère des paysans et des trafiquants qui seraient alors susceptibles de rejoindre ou de financer les Talibans. Le gouvernement ne serait alors plus dans la possibilité de contenir l’insurrection des Talibans.


Selon l’UNODC (Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime), la production d’opium en Afghanistan représenterait aujourd’hui  60% du P.I.B. afghan, et 92% de la production mondiale.

 

Cependant, l’impact de ce trafic en Europe occidentale et en Amérique du Nord ne peut pas être toléré plus longtemps.

Ces trafics sont responsables d’une importante partie de la délinquance, notamment avec la création d’associations du type mafia qui implique des dirigeants comme un grand nombre de petits revendeurs.

 

L’opium n’est pas de ce point de vue le seul problème; l’héroïne, dont les principaux constituants sont issus du pavot est bien plus mortelle.  Cette drogue est extrêmement dangereuse car ses principaux effets sont : une accoutumance physique et psychique, des troubles de l’humeur et bien trop souvent elle peut entraîner la mort. C’est aussi un anxiogène relativement puissant qui peut amener à une paranoïa totale.

 

Les problèmes que posent ces drogues, trop peu visibles dans les médias, ne peuvent donc pas être écartés plus longtemps.


De plus le pavot cultivé en Afghanistan pourrait être utilisé pour produire de la morphine, à des fins médicales.


 Enfin, il est étonnant de constater que l’Afghanistan a encore pu se féliciter d’une des plus importantes récolte de pavot, l’an dernier, alors même que les Etats-Unis, sous l’égide de l’OTAN occupent le pays.

 

V.Moreau

 

L'équipe de rédaction

 

Directeur de publication 

 

D.Perrotin

 

Rédacteurs en chef 

C.Merlaud

Arthur-Léo.P

J.B.R

 Rédacteurs 

A. Rozès

C.Lagorce

E.Malafa

M.Lagarde

A.Perrotin

V.Moreau

...

 

 

 

 

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Ces dirigeants Israéliens qui fuient la justice ...

La compétence universelle au Royaume-Uni : le cas Olmert

 

L'ancien Premier Ministre israélien Ehud Olmert, Premier Ministre d'Israël pendant la guerre à Gaza au début de cette année, pourrait être inculpé pour crimes de guerre s'il visite le Royaume-Uni ( selon un avocat britannique qui travaille au développement de l'application de la compétence universelle au Royaume-Uni pour les délits concernant les atteintes aux droits de l'homme commis aux quatre coins du globe).


 Ni Olmert, ni Tzipi Livni, alors ministre des affaires étrangères pendant la guerre de Gaza (également appelée opération Cast Lead), tout comme un membre du cabinet de guerre israélien, ne bénéficiera d'une immunité de poursuites judiciaires pour des atteintes présumées aux conventions de Genève, a prévenu Daniel Machover.Les ministres n'en bénéficieront pas non plus.


L'engagement de poursuites judiciaires à l'encontre de responsables politiques et militaires israéliens est maintenu malgré la tentative infructueuse d'obtenir un mandat d'arrêt contre Ehud Barak, le ministre de la défense, lorsqu'il a visité le Royaume-Uni au début du mois d'Octobre.


Dans cette affaire, un magistrat a suivi l'avis du bureau des affaires étrangères (au Royaume-Uni) qui estimait que le ministre devait jouir d'une immunité étatique et qu'ainsi une requête formulée par plusieurs résidents de la Bande de Gaza devait être rejetée.


Ehud Barak avait alors déclaré qu'il était "absurde que les personnes qui sont chargées de protéger les citoyens doivent à leur tour se protéger. Le monde ne devrait pas laisser gagner les terroristes." Selon lui, les hauts fonctionnaires et militaires de haut rang devraient pouvoir se déplacer librement dans le monde sans craindre d'être arrêtés alors qu'ils essaient de protéger leur peuple.


"Cela doit être testé au bon endroit, au bon moment, " a estimé Machover. "Un jour, un de ces responsables commettra l'erreur de se rendre dans le mauvais pays, puis ils seront convoqués devant la justice pénale. A ce moment là, il appartiendra aux tribunaux de ce pays de procéder à un procès équitable: ce que réclament les victimes palestiniennes."

 

Le conflit avait fait près de 1300 morts chez les palestiniens et 13 du côté israélien. Israël a fait prévaloir le principe de légitime défense en réponse aux tirs de rocket du Hamas pour justifier l'opération.


Des sources policières nient le fait que la police britannique détiendrait une "watch list" d'officiers israéliens qui pourraient être arrêtés s'ils entrent dans le pays.


En 2005, le Général Doron Almog avait été informé qu'il était sur le point d'être arrêté avant de descendre d'un avion à Heathrow. En septembre, un ancien chef de service, le Général Moshe Ya'alon, a annulé sa visite en Grande Bretagne, craignant d'être arrêté. Ami Ayalon, ancien directeur du Service de sécurité générale (agence de contre-espionnage israélienne) fait l'objet d'un mandat d'arrêt aux Pays-Bas qui fait suite à une plainte déposée par un palestinien qui déclare avoir été torturé.


Le concept de compétence universelle ("universal jurisdiction") a été boosté par le rapport Goldstone (de l'ONU sur le conflit de Gaza) qui pressait le gouvernement israélien de conduire une enquête indépendante sur les cas présumés de crimes de guerre.


En ne suivant pas cette recommandation, d'autres gouvernements ont été conseillés de faire juger les suspects de crimes de guerre en utilisant la compétence universelle.


L'autre éventualité était pour le Conseil de sécurité de l'ONU de soumettre les allégations à la Cour Pénale Internationale.


Israël a refusé de s'allier au rapport, qui accusait également le Hamas de crimes de guerre. Mais le droit est complexe et se développe de manière inégale. La semaine dernière, des avocats en Allemagne n'ont pas pu obtenir un mandat d'arrêt contre le chef de service de l'armée israélienne, le Lieutenant Général Gabi Ashkenazi, parce que la loi allemande accorde une immunité aux accompagnateurs invités pendant les visites d'Etat.


De l'autre côté, l'Espagne est considérée comme étant juridiquement "dangereuse" par les Israéliens.


Machover a confirmé qu'il travaillait avec d'autres avocats de l'Union européenne et d'ailleurs " d'une manière de plus en plus organisée dans des juridictions différentes. Il ne s'agit pas seulement de la Palestine. Cela peut également concerner le Rwanda ou l'Afghanistan", a-t-il déclaré.


Le journal israélien Ha'aretz a rapporté la semaine dernière que l'on avait demandé aux officiers de l'Armée de défense d'Israël (Tsahal) qui ont pris part à l'opération à Gaza de consulter des juristes au Ministère des affaires étrangères, où on leur apprend comment se comporter à l'étranger et dans certains cas, on leur conseille de ne pas visiter certains pays.

Le ministère a fait savoir qu'il était "au courant des efforts fournis par les groupes palestiniens et par ceux qui les soutiennent dans le but de faire du tort aux officiers de Tsahal par le biais de moyens légaux et médiatiques, et qu'il travaille à contenir ces efforts." Le porte-parole de Moshe Ya'alon, Vice-premier ministre israélien qui vient d'annuler sa visite au Royaume-Uni, a déclaré qu'il s'agissait "d'une campagne de délégitimisations de l'Etat d'Israël."


 


Ian Black, The Guardian, Mardi 27 octobre 2009


Traduction : E.Malafa

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La Révolution Grecque n'aura pas lieu!

moignage d'une ancienne manifestante : Martina Stevis.

La colère qui avait mobilisé des gens comme moi en Grèce il y a un an, ne s'est pas matérialisée, comme les manifestations du week-end dernier le prouvent.

En ce mois de décembre 2008, j'arrivais à l'aéroport d'Athènes juste après avoir couvert un sommet à Bruxelles. Jamais je n'avais vu autant de journalistes étrangers aussi intéressés par la conférence de presse accordée par la délégation grecque. En particulier, les Français qui étaient très inquiets.

En effet, leur Président, Nicolas Sarkozy, venait de déclarer que ce qui se passait en Grèce pouvait s'étendre à toute l'Europe. Le Premier Ministre Grec était dans l'incapacité d'expliquer politiquement ces événements, qui se déroulaient non seulement à Athènes mais également dans le reste du pays. Il parlait "d'incidents", de "petits groupes marginaux", "d'extrémisme".

Mais pour les plus observateurs, les émeutes de décembre 2008 étaient une catastrophe annoncée.

 Ce samedi soir, une semaine après qu'un jeune homme fut abattu par un officier de police, je me suis alliée à ma génération dans le centre-ville d'Athènes où la violence était toujours très présente. Je me sentais incongrue dans ce décor et coupable d'hypocrisie. Je n'avais aucune raison personnelle de me révolter, j'étais une privilégiée : une solide formation internationale, un très bon travail et un salaire confortable. Je n'avais que très peu de points communs avec ceux qui m'entouraient. J'étais en train de mener ma révolte personnelle de petite bourgeoise. Les tirs de gaz lacrymogènes, les bousculades et les poursuites me faisaient sentir en vie. Il y avait des tas de gens comme moi mais moins passifs que je ne l'étais. Eux criaient, jetaient des pierres et des cocktails Molotov. La composition de ce groupe était intéressante. Il y avait des lycéens, des étudiants, des jeunes salariés et des anciens révolutionnaires qui revivaient leurs manifestations anti-establishment d'il y a 30 ans.

 

Qu'est-ce qui nous a tous fait descendre dans les rues ?

Clairement, les motifs étaient variés, sans tenir compte de savoir s'ils étaient liés par cette influence sous-jacente de mouvement de foule. Beaucoup citent la gauche grecque et sa tradition idéologique anti-establishment. D'autres pensent que les émeutes de décembre 2008 étaient l'agrégation de composantes aléatoires. Une mentalité un peu mafieuse peut expliquer en partie l'intensité de la violence et des destructions qui ont rendu ces jours si dramatiques. L'abus du monopole légitime de la violence, par le fait d'une bavure policière, fut suivi par l' abdication de l'Etat de ce même monopole se traduisant par l'incapacité de la police à contrôler ou arrêter les émeutes. Dans un premier temps les milliers de manifestants montraient un reflex sain en réaction à un abus de pouvoir de l'Etat. Cela avant que certains d'entre eux ne deviennent des émeutiers qui portent atteinte au droit que détient la société civile, celui de l'ordre.

 

Mais ces explications n'expliquent qu'en partie ces événements.

S'il y a une chose à retenir de ce qui s'est passé il y a tout juste un an, c'est que nous devons fouiller plus profondément dans l'équilibre social que nous appelons complaisamment la "démocratie libérale occidentale".

En principe, nos institutions sont robustes ainsi une fissure dans le système devrait être réparée de manière pacifique, parce que les mécanismes socio-politiques mis en place permettraient d'y remédier sans que le système soit bloqué. Les émeutes d'Athènes ont démontré que notre équilibre social ainsi que nos si vénérées institutions libérales sont fragiles et défectueux. Ceci n'est pas propre à la Grèce : Paris a brûlé plusieurs fois et d'autres capitales européennes ont du faire face à des révoltes violentes aussi éphémères furent-elles.

L'insurrection peut s'expliquer par la constatation qu'un progrès global n'est plus un but atteignable.

De jeunes gens, aux origines diverses, s'avancent vers un futur qui s'annonce moins prospère que celui de leurs parents. Les incertitudes concernant le marché du travail, la perspective d'un effondrement de la sécurité sociale dû à l'accumulation des déficits, les fondations du capitalisme ébranlées : tous sont des motifs valables qui expliquent le mécontentement des jeunes. Encore une fois, ces caractéristiques ne sont pas propres aux grecs. Elles sont partagées par d'autres pays européens très différents les uns des autres. Un an après ce que certains considéraient comme une révolution - dans la mesure où une révolution dans une démocratie moderne est possible - rien n'a changé. Les élèves retournent à l'école ou à l'université, les jeunes salariés continuer de rembourser leurs crédits et les anciens révolutionnaires continuent d'évoquer leur passé glorieux.

 

Ma génération n'est pas prête à changer le système d'où elle vient.

On prend parfois des distances avec lui, on se souvient de l'odeur des gaz lacrymogènes, de la montée d'adrénaline et nous continuons humblement notre chemin vers un avenir incertain. A moins que l'on ne trouve des solutions aux défaillances politiques, sociales et économiques de notre précieux système capitaliste, nous nous dirigeons vers l'avenir que nous ne voulons pas. C'est pour cela que les manifestants sont de nouveau dans les rues.

 

The Guardian, Lundi 7 décembre 2009

Traduction: E.Malafa

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Qui est Ben Bernanke

Ben Bernanke a été de nouveau nommé pour un second mandat à la tête de la Réserve Fédérale par le Président Obama cet été. Aux Etats-Unis, les nominations présidentielles aux postes fédéraux sont soumises à l'approbation du Sénat. Ici, c'est la Commission bancaire du Sénat qui est chargée de valider (ou non) la nomination de Bernanke. Elle a commencé ses audiences le 3 décembre 2009.

Pour 2009, le TIME retient la finance et son sauveur (?)

Ben Bernanke, Personnalité de l'Année 2009

 

L'histoire de cette année fut celle d'une économie fonctionnant au ralenti, une économie qui aurait pu être bien plus faible qu'elle ne l'est déjà.

Comment celui qui dirige la Réserve Fédérale (Américaine) a empêché la catastrophe économique ? ' Les institutions "too big to fail" (Trop grandes pour sombrer) sont l'un des problèmes majeurs auquel est confronté ce pays. (Le président de la Fed s'assoie avec le rédacteur en chef de TIME magazine Richard Stengel, le rédacteur en chef de Time Inc. John Huey, le rédacteur en chef adjoint Michael Duffy et notre correspondant principal à Washington Michael Grunwald le 8 décembre pour une interview portant autant sur l'état de l'économie que les composantes de son porte-monnaie.)

Quelques extraits :

 

TIME :Expliquer à nos lecteurs en quoi ce que vous avez fait cette année a affecté leur vie, pour le meilleur ou pour le pire.


Ben Bernanke : Pratiquement toutes les grandes sociétés financières étaient sur le point de faire faillite. On a su - et j'ai su - en se basant sur mon expérience en tant que preneur de décisions, j'ai su que si le système bancaire mondial s'écroulait, au sens où les plus grandes entreprises étaient en train de sombrer et que le secteur financier avait cessé de fonctionner, j'ai su que cela nous conduisait à la catastrophe. Nous serions peut-être en train d'endurer une autre dépression aussi sévère et aussi longue que celle des années 30. Ceci n'était en aucune manière un cas hypothétique.

 

TIME : Ironique, n'est-ce pas ? Voici un homme qui a passé sa vie en se distinguant des autres en étudiant l'histoire de l'économie, et puis un jour vous vous réveillez et vous réalisez que vous êtes au centre de l'histoire économique dans un chapitre des plus inhabituels.

 

Bernanke : Et bien, je n'ai vraiment pas anticipé ces événements quand je suis arrivé à Washington en 2002. Il n'y a aucun doute là-dessus. Et quand je suis devenu président de la Fed en 2006, je pensais que mes objectifs principaux consisteraient à en améliorer la gestion, la communication et le système de surveillance. Nous avions décelé les risques d'une crise financière. Mais une de cette étendue et aussi dangereuse que celle-là, je n'ai pas pu l'anticiper. J'aurais voulu, mais ce ne fut pas le cas.

 

TIME : Cette année, vous vous êtes un peu plus exposé que vos prédécesseurs. Etes-vous toujours convaincu que communiquer davantage sur la Fed et sur ce qu'elle fait est la meilleure approche ?

 

Bernanke : Oui, je le suis. Dans le passé, mes prédécesseurs ne se montraient pas directement au public. Mais j'ai senti que non seulement le problème était de savoir ce que faisait la Fed, mais j'ai aussi cru que la peur et l'incertitude qui ressortaient des sondages d'opinion étaient le résultat de l'ignorance pour grande partie. Les gens ne comprenaient pas ce qui se passait dans l'économie et dans notre système financier. J'ai pensé qu'il serait utile, en tant que président de la Réserve Fédérale, de parler directement au public afin d'essayer d'expliquer ce que nous faisions, pourquoi nous le faisions et ce qu'il était susceptible de se produire à l'avenir. Et je pense que cela a pu aidé certaines personnes. Il est vrai que la Réserve Fédérale subit énormément de pressions politiques et est impopulaire dans beaucoup de cercles. Le job de la Fed est de faire ce qui est juste, de prendre les intérêts de l'économie sur le long terme à coeur, ce qui implique d'être impopulaire parfois. Mais nous devons faire ce qui est juste.

 

TIME : L'argent que le Gouvernement fédéral prend et ce que nous dépensons en bons du trésor  - fondamentalement, c'est la même chose. Pour le reste, nous devons emprunter. Beaucoup de gens pensent que ce système n'est pas durable et que l'une des seules solutions serait d'instaurer d'autres formes d'impôts - une taxe sur les ventes, une taxe sur la valeur ajoutée. Seriez-vous favorable à une de ces alternatives ?

 

Bernanke : La loi que j'ai préconisée devant le Congrès, c'est celle de l'arithmétique. La loi de l'arithmétique prévoit que si vous êtes favorable à un faible assujettissement à l'impôt, dans ce cas... vous devez trouver de nouvelles méthodes pour économiser sur les dépenses, de sorte que la balance entre les revenus et les dépenses ne soit pas trop déséquilibrée. Et par la même loi de l'arithmétique, si vous pensez que le Gouvernement devrait dépenser davantage, cela vous incombe de déterminer d'où proviennent les revenues qui vont financer ces nouvelles dépenses. Là encore, je pense qu'il s'agit de la responsabilité du Congrès. J'ai parlé des déficits et je pense que les déficits sont importants car pour y remédier, cela nécessite une grande stabilité économique et financière. Nous devons en discuter. Mais pour savoir comment peut-on arriver à l'équilibre fiscal, il en advient de la responsabilité des élus.

 

TIME : Vous avez déclaré que les banques étaient encore en convalescence. Est-ce que vous pouvez nous éclairé davantage sur ce que cela signifie ?

 

Bernanke : Les banques ont été stabilisées. Elles ont réussi à lever beaucoup de capitaux, donc elles sont dans un bien meilleur état désormais. Elles prêtent, mais pas encore assez pour une reprise durable. Une des raisons majeures est qu'étant donné les pertes qu'elles ont subit et tout ce qui s'en est suivi, elles sont devenues très conservatrices à l'égard de ce qui reste une économie fragile. En tant que contrôleurs bancaires, la tâche nous est difficile. Nous avons clairement précisé aux banques que nous voulions qu'elles prêtent à des agents solvables. C'est dans l'intérêt des banques, dans l'intérêt de l'économie et les emprunteurs ont eux-mêmes intérêt à ce que les banques leur accordent des crédits. C'est parce que les banques ont accordé des crédits qui ne pouvaient pas être repayés que nous nous sommes retrouvés dans cette situation. Nous ne voulons plus que les banques fassent de mauvais prêts. Par conséquent, nous essayons de travailler avec les banques pour être certains qu'elles fassent le plus de prêts sains possible, qu'elles aient suffisamment de capitaux, qu'elles aient suffisamment de financements sur le court terme et que les régulateurs qui travaillent concurremment avec les banques ne les contraignent pas dans cet exercice de manière excessive. (...)

 

TIME : Est-ce que les banquiers gagnent trop d'argent ?

 

Bernanke : Je pense que les banquiers doivent reconnaître que le Gouvernement et les contribuables ont sauvé le système financier de l'effondrement absolu l'an dernier. En reconnaissant cela, ils devraient se regarder dans un miroir et décider qu'il serait peut-être préférable d'abaisser le niveau de leur rémunération, en considérant ce que le Gouvernement et les contribuables ont fait pour sauver le système.

 

TIME : Goldman Sachs and Morgan Stanley ont remboursé l'Etat, mais elles sont devenues des banques-portefeuilles, dirigées par la Fed d'une certaine manière. N'est-ce pas ?

 

Bernanke : Oui. Donc sur le long terme je pense que, si nous disposons des outils adéquats, nous pourrions nous débarrasser des institutions 'trop grandes pour sombrer' qui, je le pense, sont un énorme problème. Je veux être très clair sur ce point : les institutions 'too big to fail' sont un des problèmes majeurs auquel est confronté le pays et nous devons donc prendre des mesures pour supprimer ces institutions. (cf. La loi "too big to fail" approuvée par la Chambre des représentants le mercredi 2 décembre 2009 qui établit "une procédure méthodique pour démanteler toute institution financière importante en cas de faillite, de façon à éviter le recours à l'argent public.")

 

 TIME : Y'a t-il eu des jours où vous vous êtes réveillé et où vous avez pensé, A quoi n'ai-je pas encore pensé et que nous pourrions faire ?

 

Bernanke : Je crois que l'une des leçons à retenir de la Grande Dépression - ce qu'a démontré Franklin Roosevelt - lorsque l'orthodoxie échoue, il faut alors essayer de nouvelles choses. Et il était très entrain à essayer des mesures peu orthodoxes quand l'approche orthodoxe avait montré son inefficacité.

 

TIME, décembre 2009

Traduction: E.Malafa

Les Concurrents au titre

Parmi les autres prétendants au titre de la personnalité de l'année 2009, figuraient:

  • le Général Stanley McChrystal (Commandant de l'ISAF en Afghanistan), 
  • le travailleur chinois, Nancy Pelosi (Speaker de la Chambre des représentants) 
  •  Usain Bolt
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 Copenhague: Un rendez-vous historique manqué?

Qu'est-ce que le sommet de Copenhague ?

La conférence des Nations Unies est une forme de dernier ressort pour trouver un successeur au Protocole de Kyoto, dont le but est d'empêcher un réchauffement climatique aux conséquences dramatiques.

Elle se déroulera à compter du 7 décembre pour une durée de deux semaines. Il s'agit également de la dernière d'une série d'autres conférences dont les origines remontent au Sommet de la Terre à Rio en 1992.

 

Le fond.

Les experts du climat sont convaincus que le monde doit arrêter l'augmentation des émissions à effet de serre et devrait commencer à s'y attarder d'ici peu. Pour avoir la chance de maintenir le réchauffement climatique à moins de la barre des 2 degrés celsius, une baisse de 25 à 40% par rapport aux niveaux de 1990 des émissions à effet de serre est exigée. Mais les offres faites lors des pré-négociations sont bien en dessous de ces objectifs.

 

Qui devrait s'atteler à réduire ses émissions ?

Ici se pose le problème majeur. Les pays industrialisés comme les Etats-Unis, le Royaume-Uni et le Japon, et bien d'autres, ont de loin émis le plus de CO2. Ainsi, l'émission de CO2 par tête reste très élevée, d'où la nécessité de réduire ces émissions comme le demandent les scientifiques. Mais les émissions faites par les pays émergents explosent, en Chine et en Inde notamment. Ainsi, toute limitation internationale sur les émissions à effets de serre doit également inclure ces pays. Cependant, concernant les émissions par habitant, ces pays n'ont qu'un moindre impact sur la planète vu que des millions d'habitants vivent dans l'extrême pauvreté - 400 millions d'Indiens vivent sans électricité, par exemple. Par conséquent, la Chine, l'Inde et d'autres font valoir la nécessité de continuer à polluer pour améliorer les conditions de vie de leurs citoyens. Trouver un équilibre dans les responsabilités de chacun relatives à la réduction des émissions de CO2 sera l'élément essentiel des négociations.

 

Qui va payer ?

L'autre élément crucial. Certains avancent que, sur le long terme, une économie qui nécessite peu de CO2 serait moins chère qu'une économie basée sur les énergies fossiles, et représenterait donc un investissement fantastique. Mais on manque de temps et il faudra en payer le prix dans le court terme. Tous s'accordent pour dire que les pays les moins développés ont besoin d'une aide d'urgence. Les citoyens d'Haiti, du Soudan ou du Bangladesh n'ont rien fait, virtuellement, pour polluer l'atmosphère, mais ils subissent les pires inondations et sécheresses attribuées notamment au réchauffement climatique. Ainsi, les pays les plus riches devront verser des milliards à compter d'aujourd'hui. Un versement considéré comme une forme de réparation pour avoir dégradé le climat de la Terre. Cela coûtera encore plus cher quand il faudra construire de nouvelles infrastructures respectueuses de l'environnement, essentielles pour arrêter l'utilisation du charbon et des centrales électriques alors responsables d'une large partie des émissions globales de CO2. Pour les pays dont le développement économique est fulgurant, comme en Inde, l'idéal serait de sauter la phase de la croissance nécessitant beaucoup de CO2, et de passer directement aux énergies renouvelables et même à l'énergie nucléaire. Là encore, les pays les plus riches devraient prendre le leadership pour les encourager. S'ils ne le font pas, il n'y aura rien pour les empêcher de construire des centrales de charbon. L'Union Européenne a suggéré de verser 100 milliards de dollars par an aux pays en développement entre 2013 et 2020 pour couvrir la facture du changement climatique. Cependant, certains estiment qu'il faudrait multiplier cette somme par quatre pour que cela puisse changer la donne. Trouver la somme exacte à mettre sur la table sera le second élément essentiel des négociations.

 

Qu'adviendra-t-il du marché des permis à polluer ?

En principe, acheter des permis à polluer le moins cher possible à ceux qui peuvent baisser leurs émissions est un système attrayant (car il constitue un flot d'argent important permettant d'être investi, officiellement, dans la recherche et développement). Pourtant, d'un autre point de vue, ce système peut apparaître comme étant le moyen pour les pays riches de payer les populations plus pauvres pour qu'elles nettoient derrière eux, tandis qu'ils peuvent continuer à polluer. Aussi, si le but du marché des permis à polluer est de réduire les émissions, les règles du marché doivent alors être encadrées de manière stricte. A ce jour, les impératifs politiques ont dominé ceux de la planète. Néanmoins, le marché des permis restera au coeur de la convention qui émergera d Copenhague, comme il l'a été dans le Traité de Kyoto.

Stopper la déforestation.

A peu près 40% de tout le CO2 émis par l'activité humaine provient des forêts en cours de déforestation. Arrêter la déforestation serait, en principe, simple et à peu de frais. Mais payer les gens, via des crédits de CO2, pour les empêcher d'abattre des arbres devient complexe à son tour. A qui appartiennent réellement les arbres ? Est-ce qu'ils allaient être abattus d'une manière ou d'une autre ? Et comment vérifier ce qu'il se passe réellement ?  

 

Quelles sont les perspectives d'un accord à Copenhague ?

Les négociations qui se sont tenues à Barcelone en Septembre ont été lamentables : tous reconnaissent qu'un accord légal à Copenhague est désormais impossible. Seul un miracle pourrait en assurer l'établissement. Le Président Obama est celui qui pourrait délivrer ce miracle, mais cela semble peu probable. Ce qui semble le plus probable est que chaque partie reste au stade des pourparlers pour sceller un accord en 2010. Un échec total mettrait un terme à vingt ans de négociations et laisserait aucun espoir de protéger le monde des ravages du réchauffement climatique. Cette issue n'est pas aussi improbable que celle d'un éventuel miracle.

Damian Carrington, The Guardian, Mardi 10 novembre 2009

Traduction: E.Malafa