1er hebdomadaire du net indépendant
enquête
"Je fais partie de ces journalistes qui supportent de moins en moins les colères présidentielles."
Point de vue de Caroline Fourest, journaliste plutôt optimiste contrairement à ce que pense la rédaction d'Acturevue sur le sujet.
Interview de Caroline Fourest
Interview de Caroline Fourest : Journaliste à Charlie Hebdo, chroniqueuse à France Inter et au Monde
Acturevue : Pourquoi avez-vous participé à l’université de rentrée du courant tout à gauche du PS, l’UMA ?
Je pense que ce courant (de Benoît Hamon) est un mouvement charnière, qui dans les années à venir va jouer un rôle très important dans la recherche de différentes convergences à gauche pour créer un élan. C’est donc important pour moi de rappeler ici que cet élan passera par l’idéal républicain, l’humanisme et la laïcité.
Acturevue : Songez-vous à un engagement futur plus politique ?
Cela fait quelques temps déjà que j’ai choisi une autre forme d’engagement qui est plutôt une forme de pédagogie engagée. Je suis journaliste et je le reste, car c’est une façon d’intervenir dans le débat public qui me convient tout à fait. J’ai par ailleurs un immense respect pour le militantisme politique. J’essaie de l’accompagner à la fois avec des analyses et des éclairages qui peuvent aider à éclairer un chemin politique. Parfois aussi en disant franchement les choses et en tapant lorsque j’estime qu’il y a confusion.
Acturevue : Comment voyez-vous l’avenir de la presse critique en France ?
Je suis moins pessimiste que certains sur l’état de la presse en générale.J’ai la chance d’expérimenter chaque jour le fait que j’ai une vrai liberté de ton. Que ce soit dans Le Monde ou France Culture, j’ai carte blanche. Jamais personne ne retouche une seule ligne de ce que j’écris. J’apprécie tous les jours le fait de vivre dans un pays où il reste une presse qui a une tradition intellectuelle, que nous ne retrouvons pas dans tous les pays.
Mais je suis plus inquiète sur l’avenir de la presse satirique. Il y a quelques années, c’est dans cette forme de presse que j’étais le plus libre. Aujourd’hui, c’est plutôt l’inverse. Elle est toujours indépendante, notamment par rapport à la publicité, mais elle a un vrai défi devant elle ; c’est le poujadisme.
Le lecteur veut toujours plus de complots, de solutions simples à des questions compliquées. Et la satire, selon moi, peut être un formidable moyen d’irrévérence et de bouleversement des idées reçues, comme un outil de simplification. J’espère qu’elle restera un outil de vigilance.
Acturevue : N’avez-vous pas peur de la mainmise du chef de l’Etat sur la télévision publique ?
Je fais partie de ces journalistes qui supportent de moins en moins les colères présidentielles. Mais je reste persuadée aussi que le problème vient autant du tempérament présidentiel que du tempérament journalistique. Notre défi majeur est l’autocensure. Il ne faut pas voir la mainmise de Nicolas Sarkozy sur les médias comme quelque chose d’automatique, omniprésente. Je pense qu’il y a pleins d’espaces dans la presse, y compris à la télévision qui restent encore libres. Cela demande juste un peu de courage, et de ne pas s’autocensurer.
Mais je pense clairement que la réforme de l’audiovisuel pervertit le système, en renforçant ce lien incestueux entre l’Etat et France télévision et délégitime les futurs nominés à ces postes que ce soit à la télévision ou à la radio. Même si les dirigeants sont indépendants d’esprit, parce qu’ils sont nommés par le président, ils sont délégitimés.
Cependant, il ne faut pas tomber dans la posture facile et systématique qui tend à dire que les journalistes sont tous à la botte du pouvoir et tous alignés car cela ne résiste pas à l’épreuve des faits. Et ce n’est pas du tout l’expérience de ma vie de presse.
Acturevue : On remarque pourtant certains exemples concrets de censure aux journaux télévisés par exemple. On sait que la hiérarchie décide des carrières et décide aussi de ce qui passe ou pas aux JT, non ?
Non, cela ne marche pas comme cela, et surtout pas à France télévision.
Acturevue : Vous dites donc qu’il n’y a pas de censure ?
Il y a un domaine particulier qui peut être concerné, ce sont les petites phrases politiques. Par exemple, il y a un filtre de ne pas passer tout et n’importe quoi sur ce qui a été filmé sur les politiques. Mais cela n’est plus très grave, car avec internet, lorsque ce filtre est posé, on arrive toujours à le contourner. Cela finit par se savoir. Il y a même le risque inverse, c’est que les politiques n’arrivent jamais à avoir du OFF, n’arrivent jamais à se détendre, jamais avoir un propos libre. C’est aussi un problème pour la démocratie.
Je ne mets pas dans cette catégorie le cas d’Hortefeux qui a été filmé par une caméra tout a fait repérée par lui à l’université d’été de l’UMP. On est dans un cadre officiel. Il a en outre, dit une phrase qui est parfaitement politique et qui méritait totalement d’être critiquée. Ce n’est pas cela que je mets en cause. Mais cela concerne des cas comme : Jean-Louis Borloo qui titube un peu en sortant de l’Élysée, des choses filmées un peu dans les coulisses…
Il y a, je pense, toujours eu un filtre, mais ce n’est pas plus qu’avant, grâce à internet.
Propos recueillis par C.Merlaud et J-B.R
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"Quand je ne suis pas d'accord, je ferme ma gueule"
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...
"je m'en fous de Manuel Valls; il a déconné"
Interview Benoît Hamon à l'université de rentrée
Acturevue: Êtes-vous satisfait de cette université de rentrée de votre courant et d’autres responsables de la gauche ?
Benoît Hamon: Oui très. Je le suis par la réaction qu'ont eu tous les camarades socialistes qui y étaient présents. Cela a permis, sur un débat comme celui de la redistribution, de montrer que les postures politiques que l'on a beaucoup entendues à la fête de l'Huma, de la part de Mélenchon et de quelques autres, selon lesquelles il y aurait deux gauches totalement irréconciliables sur le plan programmatique, sont fausses.
En effet, ici, sur un sujet aussi important que celui de la redistribution (comment créer de la richesse, comment la redistribuer, et comment par la redistribution lutter contre les inégalités), nous constatons que le porte-parole du NPA, un responsable du PC, le porte-parole de la gauche unitaire, un responsable des Verts et un responsable du MRC parlent tous d'un pôle financier public, d'un pôle public de l'énergie, d'augmentation des salaires, d'une même politique fiscale, d'une remise en cause de la propriété privée dans le capital... On voit donc une grande proximité entre les uns et les autres et cela permet de tordre le cou à l'idée selon laquelle il y aurait deux gauches et qu'elles seraient irréconciliables. Cela montre la voie qui paraît être la plus naturelle aujourd'hui :celle du rassemblement.
Acturevue: Comment comptez-vous réussir à imposer cette idée selon laquelle la victoire en 2012 ne s'obtiendra qu'en rassemblant la gauche et non pas en s'alliant avec le MoDem ?
B.Hamon: Il faut se battre. Si notre courant UMA n'avait pas dit depuis quelques semaines qu'il ne faut pas d'alliance avec le MoDem, je pense qu'il y en aurait eu dès le premier tour des régionales.
Cela aurait été dû à la dépolitisation du Parti Socialiste ou à la course à la solution la plus simple pour être réélu. On a donc repolitisé le débat sur les alliances en disant que ce n'est pas une affaire d'arithmétique mais une affaire politique (le fait d'être allié avec quelqu'un fait que le projet politique est coloré par cette alliance).
Or la repolitisation du débat sur les alliance a permis de dire qu'il n'y aura pas d'alliance au premier tour avec le MoDem.
Nous continuerons d'être des militants inlassables du rassemblement de la gauche car cela est plus efficace électoralement et non pas uniquement parce que cela est plus vertueux, moral ou pur; bien que cela le soit.
Acturevue: Quelle est votre position personnelle sur les primaires ?
B.Hamon: Je suis pour les primaires à gauche. Le risque est la personnalisation du débat politique; mais en même temps, ne nous racontons pas d'histoires, elle existe déjà. Moi je suis pour les primaires à gauche car dès lors que plusieurs partis acceptent d'avoir un candidat commun, cela suppose qu'ils se mettent autour de la table pour discuter du programme commun. Et avoir un candidat commun et un programme commun est la meilleure solution pour battre Sarkozy en 2012.
Acturevue: Comment gérez-vous le fait d'être porte-parole d'un parti dont vous n'êtes pas toujours en accord avec ce qu'il dit ?
B.Hamon: Il faut le gérer. Quand je ne suis pas d'accord, je ferme ma gueule. Sinon, j'essaye d'avoir une expression que je crois représentative des socialistes. L'électorat socialiste réclame une ligne claire, une ligne à gauche. J'avais par exemple dit à propos de la lutte contre les licenciements boursiers au début 2009 qu'il fallait un contrôle public des licenciements. J'avais d'ailleurs été traité « d'hérétique ».
Aujourd'hui, le PS est sur cette ligne. Il ne faut pas hésiter à le devancer même si je suis un peu seul au début comme porte-parole, mais à la fin on arrive à rassembler. Lorsque Martine Aubry parle de la mise sous tutelle des entreprises qui licencient alors qu'elles gagnent de l'argent, c'est une vraie victoire politique.
Acturevue: Que pensez-vous du G20 de Pittsburgh ?
B.Hamon: Blablabla... Si le G20 avait vraiment voulu modifier ce qu'est le fonctionnement des marchés financiers, il aurait pu le faire.
Aujourd'hui le problème c'est que les banques commerciales (celles qui ont notre argent sur un compte) peuvent être des banques d'investissement (prendre l'argent et jouer avec). Fondamentalement, la mesure la plus importante est de séparer la banque commerciale de la banque d'investissement. Elles n'auront donc plus la possibilité de vider totalement les dépôts des gens en cas de crise. Tant que cette distinction ne sera pas faite, le risque systémique demeure.
La preuve est que le sujet du G20 n'a été que d'exiger que lorsque les banques font des placements, elles aient des fonds propres suffisants, des garanties suffisantes.
Ils gardent donc le système tel qu'il est et ne veulent donc que mieux amortir les risques qui pèsent sur les banques dès lors qu'elles font des placements totalement débiles.
Acturevue: En réaction à la vidéo de Brice Hortefeux, le PS et vous, avez demandé et continué de demander sa démission. Mais Georges Frêche et Manuel Valls ne méritaient-ils pas plus de sanctions ?
B.Hamon: Il faut rétablir la vérité : c'est ce courant, UMA, qui a été à l'initiative d'une pétition exigeant l'exclusion de Georges Frêche du PS et qui a été obtenue au Bureau National. Après, ce n'est pas parce qu'il y a deux personnes chez nous qui racontent n'importe quoi qu'il faut que l'on oublie ce qu'il vient de se passer : un ministre de la république vient de dire que « Quand il y a un arabe ça va, mais quand il y en a plusieurs, ça pose des problèmes ».
Le Président de la République va tenir un grand discours sur l'emploi des jeunes mais aujourd'hui le problème est qu'il y a plein de jeunes qui n'ont pas accès à un emploi en raison des discriminations. Que devient la crédibilité de ces gens là dès lors qu'un ministre de la République a des propos racistes ?
Le problème n'est pas de nous ramener à nos affaires, je m'en fous de Manuel Valls; il a déconné et je lui ai dit en prenant position publiquement. Le problème là, c'est Hortefeux.
Doit-il démissionner ou pas ? Oui. Valls, c'est un autre problème.
Acturevue: Votre courant UMA propose un protectionnisme européen. Pouvez-vous nous en parler un peu ?
B.Hamon: C'est simple, on ne continuera pas à avoir une industrie et des ouvriers dans ce pays s'il n'y a pas un minimum de régulation des échanges. En effet, nos entreprises sont mises en concurrence avec d'autres entreprises où les employés sont payés 10 à 15 fois moins chers.
Or les marchandises produites par ces entreprises viennent sur nos marchés. Si l'on ne parle pas de relocalisation, de tarif extérieur commun (taxe aux frontières de l'Europe dont leur produit contribuera aussi aux investissements nécessaires dans les pays en voie de développement), et bien demain nous n'aurons plus de modèle social, plus de sécurité sociale, plus d'agriculteurs, plus d'éleveurs et plus d'ouvriers.
Je suis pour la maîtrise des échanges. L'opposition me traite de « nationaliste » parce que je demande de la protection. Mais protéger les travailleurs, c'est aussi protéger les travailleurs du monde entier et c'est une bonne chose.
Propos recueillis par C.Merlaud et JBR le 26/09/09
"Je suis pour les primaires à gauche."
"L'opposition me traite de « nationaliste » parce que je demande de la protection"
Première pierre de la maison commune de Gauche.
A l'instar de Ségolène Royal qui avait rassemblé ses troupes à Montpellier pour sa seconde fête de la Fraternité ou de Vincent Peillon qui avait également réuni des militants socialistes à Marseille au nom de son courant « L'espoir à gauche, fiers d'être socialistes », Benoît Hamon a lui aussi donné rendez-vous aux militants socialistes de son courant « Un Monde d'Avance » (UMA) dans les Landes dans la ville de Vieux-Boucau les 25, 26 et 27 septembre. Bien que le concept soit le même pour ces trois rendez-vous, à savoir de rassembler ceux qui se retrouvent dans tel ou tel courant, nous avons pu découvrir de nombreuses différences sur le fond de leurs idéologies.
Le principe de cette université de rentrée était d'organiser des tables-rondes entre différentes personnes dans un but précis. Au Vieux-Boucau, celui-ci était clairement affiché : trouver les points de convergence entre les différents partis de gauche. Afin d'aider l'aile gauche du PS à y parvenir, de nombreuses personnes comme des intellectuels (économistes, sociologues, philosophes, journalistes ou encore professeurs) et des personnes de la société civile (syndicalistes) se sont joints à eux. Acturevue a demandé à Caroline Fourest quelles sont les raisons de son engagement dans ce courant (elle a en effet participé à un des cinq ateliers le samedi après-midi qui s'intitulait « La bataille des idées » en compagnie d'un président d'université, du Grand officier chargé de la communication du Grand Orient et d'un professeur d'université). Mme Fourest nous a confié que le courant UMA est un « mouvement charnière qui va tenir un rôle très important dans la recherche de différentes convergences à gauche pour créer un élan qui, selon elle, passera par l'idéal républicain et l'humanisme ».
Interrogé par Acturevue, Bruno Julliard (secrétaire national de l'éducation au Bureau National du PS) pense que « la stratégie d'UMA est constructive. La Gauche doit se relever et cela passera par un Parti Socialiste fort ». Il considère que pour gagner en 2012, il faut que le Parti Socialiste ait « un projet offensif, ambitieux et clairement de gauche ». Selon lui, une alliance avec le MoDem, comme le voudrait Vincent Peillon serait une « erreur » puisqu'il « se place sur un terrain sur lequel la Gauche ne peut être que perdante car ce n'est pas la bataille des idées ».
La principale table-ronde, tant attendue par les centaines de militants socialistes présents, dont le sujet était : « Convergences à gauche : répartir les richesses », se tenait dans la salle principale le samedi soir . Les participants au débat sur ce sujet étaient Benoît Hamon, Olivier Dartigolles (porte-parole du PCF), Pierre-François Grond (porte-parole du NPA), Etienne Butzbach (membre du MRC), Christian Piquet (membre de la Gauche Unitaire) et l'un des porte-paroles des Verts. Toute la gauche était donc réunie sur la même estrade pour discuter de la redistribution des richesses. Le débat dura deux heures et les conclusions de chacun furent chaleureusement applaudies par l'auditoire qui était visiblement très ému de cette réunion « extraordinaire ».
A la fin de ce débat, nous avons interrogé le porte-parole du NPA, Pierre-François Grond, sur ses impressions. Celui-ci s'est dit « très content » de ce débat bien que lui et les autres intervenants n'étaient pas toujours d'accord sur tout. Selon lui, discuter avec des militants socialistes de gauche qu'ils retrouvent dans différents combats politiques et sociaux est « quelque chose de très important ». Il nous a déclaré avoir dit « oui » tout de suite quand Benoît Hamon lui a proposé de venir. Pour autant, il se désole de voir que « le PS évolue vers la droite ». S'il s'est bien senti ici, c'est parce que les militants présents étaient ceux qui étaient le plus à la gauche du PS. Gérard Filoche qui s'est joint à l'interview lui a rappelé que « la base du PS est à gauche même si la direction l'est moins, en témoigne le vote spontané de 1996 où 52% des militants ont voté pour tourner la page de Maastricht ». En parlant à M. Filoche, le porte-parole du NPA a dit qu'il serait difficile de s'associer à un PS qui compte Manuel Valls dans ses rangs. Gérard Filoche lui a rappelé que malgré le tapage médiatique autour de ce dernier, « il ne représente qu'un tiers du conseil municipal d'Evry ». Et qu'en réalité « entre lui et nous, nous sommes l'éléphant, il est la souris ». Selon lui, l'unification de la gauche ne peut ni se faire sur les positions de Valls, ni sur celles de Peillon, ni avec le MoDem. « Il ne faut rien avoir à craindre de l'unification de la gauche ».
Voici donc quel était le ton de ce week-end : franc. Benoît Hamon a d'ailleurs continué à l'usiter dans son discours de clôture de ces universités en remerciant le peu de médias qui ont fait l'effort de se déplacer, à savoir : « l'Humanité, le journal Sud-Ouest, l'AFP, Politis, France 3 et France Bleu ». Il a demandé à avoir une « discussion franche avec les institutions censées rapporter les faits et qui ont fait le choix de bouder (pour ne pas dire de boycotter), de ne pas restituer dans leurs colonnes, à leur antenne, ce qu'il s'est passé ici. Pourtant, il y a eu 1500 participants (plus qu'à Marseille, autant qu'à Montpellier). Mais il n'y avait pas Libération, ni Le Monde, ni Le Figaro, ni Europe 1, ni France Inter, ni France Info, ni RTL, ni RMC, ni TF1, ni France 2, ni Le nouvel Observateur, ni L'Express, ni Le Point ».
Bien qu'elle soit beaucoup moins médiatisée que la partie du PS qui souhaiterait s'allier avec le MoDem menée par Mme Royal, M. Peillon et M. Valls, il existe bien une partie du PS qui prône l'alliance de toute la gauche avant tout et qui le fait concrètement.
C.Merlaud
Dossier et Interview: A.Michelet, institutrice
À propos de la décision de X. Darcos, de supprimer 3000 postes R.A.S.E.D
Le R.A.S.E.D : une mort programmée
Le RASED, créé en 1990, a été mis en place dans une perspective de prévention et d'aide aux élèves en difficulté et concerne principalement la classe élémentaire.
Leur objectif est de permettre le maintien ou le retour de ces élèves dans un cursus ordinaire de scolarisation. On compte parmi cette organisation un milieu professionnel varié : 3000 psychologues scolaires, 4111 enseignants spécialisés chargés de l’aide à dominante rééducative que l’on appelle plus couramment les « maîtres G » et 6835 enseignants spécialisés chargés de l’aide principalement pédagogique que l’on surnomme les « maîtres E ».
La richesse de ce réseau est sa complémentarité. Le « maître G » aide surtout l’enfant qui a des difficultés affectant ses capacités à être un élève (problèmes de comportement, de concentration, enfant rêveur, violent ou inhibé). Tandis que le « maître E » s’occupe de remédier aux difficultés d’apprentissage de l’élève en lui proposant des techniques de travail mieux adaptées. Un dispositif qui décharge considérablement le travail de l’instituteur, qui n’a ni le temps, ni forcément les méthodes pour aider un élève en particulier dans des classes qui peuvent compter plus de 30 enfants. Cela permet à des élèves pour qui le soutien scolaire est inefficace, de reprendre les socles pédagogiques, et de pouvoir, une fois les bases acquises, réussir en tant qu’élève.
Le réseau reçoit l’enfant et les parents lors de séances qui peuvent s’étaler sur une année. L’efficacité de cette aide est qu’elle ne dépend pas de programmes scolaires ou d’exigence éducative particulière.
Mais cette façon de procéder, qui s’étend sur la durée, est incompatible avec la détermination du gouvernement à vouloir faire des économies à tout prix.
Depuis longtemps déjà, le R.A.S.E.D est menacé.
En effet, très peu de réseaux se trouvent aujourd’hui au complet. La volonté du gouvernement de démanteler ces réseaux, ne diminue pas pour autant, malgré la réduction de la formation des enseignants spécialisés en 2006, pour réaliser plus d’économies.
Mais c’est en 2008 que la mort programmée du R.A.S.E.D semblait véritablement prononcée.
En effet, Xavier Darcos, obstiné à respecter les restrictions budgétaires de Bercy, annonce le 16 octobre 2008, la suppression de 3000 postes du réseau. Face à la grogne que cette décision suscite, il fait finalement machine arrière le 8 janvier 2009 en décidant de supprimer 1500 postes dès la rentrée 2009 et de réaffecter les 1500 autres en postes surnuméraires.
Quelle supercherie se cache derrière ces postes surnuméraires ?
Cela signifie concrètement que les 1500 enseignants spécialisés restants ne seront plus attachés aux autres professionnels du réseau, mais affectés dans une seule école.
Ce principe de postes surnuméraires va diluer le système, qui fait la particularité du RASED. Or, un enseignant spécialisé écarté d’une équipe pluridisciplinaire ne peut pas apporter seul, les réponses plurielles qu’appellent les multiples origines de la difficulté scolaire (aides pédagogiques, rééducatives et psychologiques).
Individualiser l’enseignant spécialisé, c’est retirer la raison d’être même du RASED, qui fonctionnait en « réseau ».
Xavier Darcos promet à la place, deux heures d’aide personnalisée par des enseignants non spécialisés et des stages de remise à niveau pour les CM1-CM2. Mais cette aide qui s’étend seulement sur 6 semaines est d’une autre nature que celle à dominante pédagogique ou rééducative que pouvait proposer le RASED. Et beaucoup d’instituteurs savent combien cette mesure peut être particulièrement inefficace quand l’élève ne sait toujours pas compter, qu’il n’arrive pas à appliquer les consignes, ou encore lorsqu’il présente un comportement particulièrement violent.
Alors que deviennent les enfants en grande difficulté, si le RASED en tant que tel n’existe plus ?
L’objectif du gouvernement est de médicaliser la difficulté scolaire, de la faire passer sur le budget de la santé à travers des centres médico-psycho-pédagogiques (C.M.P.P), structure où la liste d’attente dépasse très souvent 6 mois, contrairement à celle du RASED qui n’excède pas 3 semaines.
Les familles aisées pourront bien sûr faire appel à des officines privées qui offrent des cours de soutien à des prix très élevés. Mais la gratuité de l’école est alors à ré-envisager officiellement.
Reste que le gouvernement communique de façon très habile, pour masquer sa volonté de supprimer le R.A.S.E.D, alors que le budget voté pour 2009 prévoit officiellement la suppression des 3000 postes. À défaut de pouvoir supprimer les difficultés scolaires, il trouve plus facile de supprimer les R.A.S.E.D et ainsi d’assainir, au détriment de l’éducation, les finances publiques.
Interview de Armelle Michelt, Institutrice à Champigny-sur-Marne
David Perrotin: En quoi le RASED était-il condamné avant la loi?
A. Michelet: Il n'était pas condamné mais sa mort était préméditée sans être annoncée explicitement. Auparavant, jusqu'en 2003, l'enseignant spécialisé suivait une formation sérieuse en deux ans avec des stages sous tutorat avant de se présenter au diplôme le CAPSAIS. Puis à partir de 2004, la formation a non seulement été réduite à une année mais en plus elle s'opère en alternance entre le terrain où l'on est censé être un enseignant spécialisé et l'IUFM où l'on recoit un enseignement théorique spécifique selon l'option que l'on a choisi. Les moyens n'ont cessés d'être réduits.
On ne s'y prend pas autrement quand on veut supprimer un service. On le fait dysfonctionner suffisamment pour qu'il ne soit plus efficace, on lui enlève ses moyens pour qu'il ne soit plus crédible aux yeux mêmes de ses propres utilisateurs afin de justifier sa suppression.
Que dénoncez-vous après les mesures de X. DARCOS et la suppression de 3000 postes?
Xavier Darcos l'a dit lui-même, toutes les mesures qui ont été prises sous couvert de réformer l'enseignement ne vise qu'un objectif: diminuer les dépenses publiques. C'est ce qu'il y a de plus monstrueux, en particulier de la part d'un ex-enseignant (certes, pas n'importe lequel et pas dans n'importe quel lieu). Il est impossible de faire croire à qui que ce soit que la suppression de ces 3000 postes dans le milieu spécialisé vise à accompagner une réforme qui se voudrait aller dans le sens de l'augmentation de la réussite des élèves.
Que vont devenir les 1500 postes non supprimés mais qualifiés de postes surnuméraires?
Cela consiste à utiliser provisoirement des maîtres spécialisés pour accompagner des groupes scolaires notamment dans les zones d'éducation prioritaire (ZEP) en attendant de les sédentariser sur des postes d'enseignants dits ordinaires l'année suivante ou au plus tard d'ici deux ans. Avant la fin de son quinquennat, Sarkozy aura définitivement réglé le soi-disant surcoût de l'enseignement spécialisé en en supprimant les membres et leurs structures. Surnuméraire veut dire qu'il y a un enseignant de plus par rapport au nombre de classes. Alors que des textes officiels définissent depuis 2005 la mission des maîtres spécialisés, le projet de réforme propose sans que cela soit officialisé, un nouveau statut "batard" où le maître spé sera mis à disposition des équipes enseignantes pour des missions qui restent à définir!C'est oublié qu'auparavant il travaillait en RESEAU dans un cadre bien défini.
Que pensez-vous de l'aide personnalisée proposée en remplacement?
C'est de la mascarade! Un enseignant ordinaire n'est pas formé pour répondre aux difficultés graves des élèves. Il pourra éventuellement réajuster pour certains qui n'avaient pas assimilé une notion. Mais la plupart des difficultés d'apprentissage que présentent les élèves qui nécessitaient le travail avec les membres du RASED, ne peuvent pas être abordées par un enseignant non spécialisé. Les troubles cognitifs, les troubles du comportement, les troubles neurologiques ne pourront jamais être traités ainsi à la légère; c'est déjà presqu'un autre métier, et le reléguer après la classe à midi ou à 16h30, sous l'appellation "aide personnalisée", ce n'est pas sérieux. Tout est fait pour au contraire faire baisser la qualité de l'enseignement, et l'entraver en supprimant l' aide du RASED (devenue depuis longtemps volontairement parcimonieuse)
Que pensez-vous de la masterisation, que dénoncent également les enseignants-chercheurs?
La logique continue, avec l'allongement des études universitaires à 5 années après le bac mais plus du tout de formation pédagogique pour les futurs profs des écoles, car les IUFM seront fermés d'ici 2010.
C'est ce que les enseignants en université dénoncent car les futurs profs devront aller jusqu'à la mastérisation à l'issue de laquelle ils se présenteront à un concours au sein de l'université qui ne leur permettra pas de bénéficier d'une formation comme c'était le cas pour les bac + licence. S'ils réussissent le concours, les étudiants deviendront profs des écoles, du jour au lendemain (apparemment il a été pour l'instant obtenu que quelques heures de formation seulement seraient octroyées), et ceux qui n'auront pas réussi le concours gagneront le droit d'être pour certains sur une liste d'attente, afin d'être recrutés comme vacataires (donc non titulaires, donc corvéables à merci) pour enseigner sans avoir reçu une seule heure de formation pédagogique. Ce qui est très grave c'est que le gouvernement ne cesse de décliner sur les médias les mérites de cette réforme qui viserait soi-disant un meilleur enseignement, alors qu'on le voit bien, il est bien difficile de faire admettre à toute personne sensée comment un enseignant non formé pourrait être plus performant. La logique est simple : REDUIRE LES DEPENSES DE L'ETAT A TOUT PRIX. On utilise des travers tels que faire croire que les enseignants seront revalorisés du fait de l'allongement de leurs études, et qu'il seront mieux formés alors qu'ils ne recevront qu'un enseignement théorique.
Qui pourra se permettre de faire cinq années d'études après le bac sans aucune sécurité sur l'avenir, sans assurance sur l'obtention d'un diplôme?
Le but est de casser l'école publique et d'encourager l'enseignement privé, car après faute de combattants, l'école publique deviendra l'école poubelle, comme aux Etats-Unis.
Propos recueillis par D. Perrotin
Entretien entre Acturevue et Benoît Hamon qui répond à Mélenchon
Benoît Hamon (porte-parole du PS, Député européen et n°3 sur la liste socialiste en Ile-De-France).
La rédaction d'Acturevue a voulu revenir sur la polémique créée par Jean-Luc Mélenchon sur le vote du PSE au Parlement Européen.
-Acturevue : On entend beaucoup en ce moment que le PSE voterait à 97% comme le PPE. Harlem Désir s'est défendu sur France 2 dans l'émission d'Yves Calvi « Mots Croisés » en disant qu'il y avait beaucoup de lois qui étaient votées au Parlement Européen qui étaient très inutiles, ou en tout cas, qu'une division droite/gauche serait inutile dessus. Il donnait d'ailleurs l'exemple de tailles de rétroviseurs pour les poids-lourds. Mais en même temps, nous avons constaté sur le site du Parlement Européen que vous votez aussi des projets économiques et sociaux avec le PPE. Pourtant vous dites vouloir changer l'Europe au niveau de l'économie ou encore bâtir une Europe Sociale... Que répondez vous à ces accusations?
-Benoît Hamon : Je dois vous expliquer que donc là, c'est le Front De Gauche qui a déclenché cette polémique. Or vous allez voir, c'est commun. Le PCF appartient à la GUE (Gauche Unitaire Européenne) qui a en 2008 déposé 21 rapports en assemblée plénière. Combien, croyez-vous, ont été adopté et combien avec une majorité qui inclut les libéraux et le PPE ? C'est l'extrême-gauche. Donc sur des textes qui étaient sur la lutte contre la pauvreté, 18 ont été votés avec une majorité qui incluait le PPE et les libéraux. C'est-à-dire que l'extrême-gauche fait voter 90% de ses rapports avec les libéraux . Pourquoi ? Ce n'étaient pas que des textes techniques sur le diamètre d'acier à l'intérieur des pneus. Il faut en fait savoir que la logique du Parlement Européen, et je regrette que certains l'oublient alors qu'ils la pratiquent, c'est d'essayer de trouver des compromis sur les textes. Ce qui fait que l'on peut avoir des textes qui sont des textes ayant un rapporteur de droite mais qui, pour pouvoir obtenir une majorité, ont fait des concessions, ont donné des contreparties aux groupes de gauche qui après s'y retrouvent. Il y a des textes qui n'ont pas été votés, les 3%, sur la directive retour, sur les questions de l'avortement, sur les services publics, où là, l'affrontement droite-gauche s'est ressenti. Mais sur une multitude d'autres textes on a bâti des compromis, et quand je dis « on » c'est la droite (le PPE), les libéraux, les verts, les socialistes et la GUE. Tout le monde est dedans. Donc voilà, il faut juste savoir que 90% des textes déposés par les communistes ont été voté par les conservateurs et les libéraux. Il faut ramener les choses à leur réalité, c'est-à-dire que c'est un parlement qui est un parlement fondé sur une culture qui n'est pas la culture politique française (clivage avec majorité-minorité) mais sur la construction de compromis. C'est très troublant, je peux vous assurer que moi-même j'ai été très troublé au début, que l'on a envie de voter contre tout, mais à la fin on apprend que de telle manière on peut essayer de gratter, obtenir des conquêtes. Et quand c'est vous qui avez le rapport, en général vous avez davantage la main, vous lâchez quelques compromis pour obtenir des majorités. Parfois, vous ne recherchez pas de majorité si vous voulez perdre sur votre rapport ou si vous pensez que vous pouvez aller au bout, mais c'est la culture du parlement européen. C'est comme ça, il faut voir ce qu'il y a de bon là-dedans, ça permet parfois d'obtenir des victoires sur des textes qui ne sont pas défendus par notre camp, parfois c'est vrai que ça peut être très frustrant mais il n'y a pas de blanc ou de noir.
-Acturevue : Mais il y a des choses concrètes quand même. On a vu par exemple sur l'énergie que vous avez libéralisé ce secteur. Vous avez voté avec le PPE.
-Benoît Hamon : Moi, j'ai voté avec le PPE ?
-Acturevue : Je ne sais pas si vous personnellement avez...
-Benoit Hamon : Je n'ai pas voté avec le PPE la plupart des socialistes français non plus. Mais S'ils ont voté avec le PPE c'est pour essayer d'obtenir non pas une libéralisation totale. Dans cette réforme il y avait ce que l'on appelle les réseaux de distribution et la production. Il y a une séparation, c'est ce que l'on appelle « la séparation patrimoniale ». C'est qu'au nom de la concurrence, on veut la séparer entre ceux qui produisent et ceux qui distribuent, nous on a voulu éviter qu'il y ait une mise en concurrence de la production (c'est notamment le secteur nucléaire etc(...)). Donc l'objectif c'est quoi ? Dans un rapport comme celui-là, pour éviter une libéralisation tout azimuts, donc et de la production et de la distribution, on fait quoi ? On bâtit des compromis. Si l'on n'a pas de compromis, la droite avec les libéraux et les souverainistes vont constituer une majorité et ils libéraliseront tout. Donc nous on se dit, je vote avec le PPE mais j'ai au moins sauvegardé ça ou je ne vote pas avec le PPE mais pour le coup ils auront tout libéralisé.
-Acturevue : Le MoDem fait partie du groupe libéral, mais il ne se dit pas de droite en ce moment, il va soutenir le PPE dans cette réforme ?
-Benoit Hamon : Le MoDem a voté contre les services publics, contre l'harmonisation fiscale et contre l'harmonisation sociale. Il se réveille maintenant parce que c'est l'année de la crise. Moi je vous dis, il y a une majorité Libéraux-PPE-Souverainiste.
-Acturevue : Mais s'ils ont la majorité, quel est le but de faire des concessions ?
Benoit Hamon : En faisant des concessions, en donnant plus de voix (voilà encore une logique du parlement européen), en donnant sur un texte une majorité plus large, vous avez plus de force face au Conseil. Parce qu'il y a deux législateurs en Europe : le Conseil et le Parlement européen. Ce ne sont pas nous seuls qui faisons la loi. La Commission propose et ensuite il y a une co-décision entre le Parlement et le Conseil. Pour que nous, notre vote passe et que le conseil ne puisse pas détricoter le choix du Parlement Européen, eh bien plus la majorité est large et plus le conseil s'aligne sur la vote du Parlement Européen. Il est donc très important pour n'importe quel groupe, que lorsqu'il passe un texte, il essaye d'obtenir la majorité la plus large. Comment je fais voter l'abrogation du secret bancaire ? J'ai 80 à 100 libéraux et PPE qui votent contre. Mais j'ai cherché à avoir l'accord de ce groupe-là, pour qu'ensuite à Sarkozy je lui impose le vote du Parlement Européen en disant « voilà, c'est un vote du Parlement Européen ». C'est un peu compliqué quand on a 80 à 90% du Parlement Européen qui vote l'abrogation du secret bancaire de faire autre chose que cela.