1er hebdomadaire du net indépendant
Interview
Daniel Cohn-Bendit et Benoît Hamon au bas de la page
Abstention, remontée du FN : oui, mais pourquoi ?
Le premier tour des élections régionales a été marqué par une abstention massive de 52%. Et hélas, un retour sur la scène politique du Front National, même si ce retour est accentué par l’opinion générale. Oui, mais comment peut-on expliquer ces deux phénomènes ?
Un désintérêt politique suscité par notre système
L’abstention peut trouver différentes raisons ou sources que l’on ne pourrait recenser entièrement. Il est probable que face à des politiciens avides de polémiques (affaire Soumaré, affaire Frêche), certains électeurs soient dégoutés de ce que peut être la politique.
Mais il faut aussi analyser le système sur lequel repose notre Ve république.
Un président fort, une Assemblée Nationale effacée (qui l’est certes de moins en moins) et une décentralisation que peu de gens peuvent considérer comme effective.
Il faut ajouter à cela, la façon dont gouverne notre président, Nicolas Sarkozy. L’omniprésident veut montrer tous les jours qu’il peut tout gérer. De l’usine Renault au conflit d’Afghanistan, en passant par la suppression de la taxe professionnelle et la libération des infirmières Bulgares. Il y a un tel présidentialisme que personne ne saurait croire qu’un président de région puisse faire le poids face à ce gouvernement.
Toutefois, ce phénomène n’est certainement pas imputable qu’au seul personnage Sarkozy. En effet, on peut comprendre la très faible abstention qui a marqué les dernières élections présidentielles justement grâce à ce présidentialisme et surtout à la personnalisation du débat politique. Les Français avaient le choix entre trois monarques, trois personnages politiques qui ont montré qu’ils pouvaient tout contrôler : Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy et François Brayoux.
Ainsi, l’on comprend que certains voient dans l’élection présidentielle, l’intérêt certain qu’ils ont à voter, surtout si l’élection d’un parti devient celle d’un Homme. Et le désintérêt qu’ils peuvent avoir à voter, comme l’ont confirmé les chiffres pour les élections européennes, municipales ou régionales.
Qui peut croire à la décentralisation ?
Oui elle existe, et les présidents de régions ont des compétences qui n’ont cessé de croître depuis 1982 (Transport, Lycée…). Mais comment peut-t-on faire croire aux français que voter pour un parti opposé à L’UMP pour les régionales, représenterait un moyen de lutter contre la crise et accessoirement contre Sarkozy ? Quand on sait qu’il y avait 20 régions socialistes sur 22 depuis 2004 et que personne n’a réellement vu un moyen de freiner la politique du gouvernement à travers les régions. Une cacophonie s’est donc installée sur l’utilité du président de région et l’utilité de voter contre le gouvernement, qui n’a pu que démotiver les quelques électeurs à donner de la voix.
Le Front national: Un retour bien que symbolique.
A en croire l’opinion générale, le FN a fait son come back politique et médiatique. Pourtant, le FN ne retrouve pas sa position atteinte en 2004 (14,7% au premier tour des régionales) contre 11,5% aujourd’hui. Si le FN ne progresse pas dans les urnes, il faut tout de même analyser son retour symbolique et idéologique qui n’est pas négligeable. En effet, jusqu’à maintenant on ne parlait de ce parti que pour énoncer ses déboires financiers ou la vente du célèbre paquebot du FN.
Et si le FN devait son retour à l’UMP ?
Depuis le premier tour du 14 mars, le FN réussit à faire croire qu’il est la quatrième force politique de la France. Ceci n’est qu’une apparence, un leurre, compte tenu de l’abstention. Mais la politique est justement faite d’apparences, d’intuitions et de symboles.
Tout le temps qui a précédé ces élections, l’UMP n’a eu de cesse de fleureter avec le pire, de fleureter avec les idées du parti extrémiste pour, disait-t-on au sein de l’UMP, récupérer les électeurs du FN.
Un arroseur bien arrosé
Or, l’UMP, en jouant le jeu du FN n’a fait que redorer le blason de ce parti en lui donnant encore plus de crédibilité. Pour la première fois en France, lors par exemple des débats sur l’identité nationale, on pouvait entendre de la bouche de maires de droite ou de gauche des rhétoriques racistes et haineuses réservées auparavant au seul Le Pen et autres personnages du même genre.
Tous ces dirigeants UMP, Besson le premier, n’ont été que des porte-voix des idées extrémistes en ouvrant cette boîte de Pandore que l’éthique des hommes politique précédents exigeait qu’elle reste fermée. Et les électeurs du FN n’ont pu que constater la légitimité incroyable que l’UMP accordait aux idées de Le Pen. Tel un véritable plagiat idéologique.
Voilà qu’à trop approcher ses mains de cette flamme frontiste, on se brûle. Comment comprendre d’ailleurs que des militants UMP acceptent que leur représentant soit prêt à tout pour récupérer les voix du FN ? Cela reste un mystère…
Il faut à espérer que l’UMP trouve un autre moyen pour cela, s’il ne veulent pas que le FN fasse un véritable come back politique en 2012. Si l’on ne veut pas revivre un 2002.
D.Perrotin
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Réaction de Benoît Hamon
Reportage au sein du Parti Socialiste par Acturevue
Au QG de campagne de Jean-Paul Huchon à Paris ce soir, rue Falguière, l’ambiance était au soulagement. De nombreux candidats socialistesen Ile – de –France y étaient présents. Le porte-parole du Parti Socialiste Benoît Hamon (et candidat dans les Yvelines) nous a confié son analyse des résultats.
Selon lui, la forte abstention (52,94% des inscrits) montre que « les Français en ont ras-le-bol de la politique de casse-sociale menée par la gouvernement qui ne cesse de diviser les gens ».
Face à l’interprétation inattendue des résultats opérée parl’UMP sur les plateaux TV, Hamon a rappelé qu’aux européennes, la participation n'était que d’environ 40% (soit 7 points de moins qu’au premier tour desrégionales). Pour autant « l’UMP s’était réjouie de son avance et avait alorsconsidéré son résultat comme une grande victoire ». Pourtant, ce soir,avec 50% departicipation, « le gouvernement ne veut pas se remettre en question et prend pas en considération l’appel des Français ».
Selon lui,« Xavier Bertrand cherche par toutes les astuces possibles à démontrer qu’il a gagné ce soir ».
Enfin, sur la semaine de négociation qui s’annonce, M.Hamon souhaite« rassembler la gauche pour être une grande force et battre ladroite ». Il préfère voir « une gauche rassemblée plutôt que divisée,même si c’est le PS qui est en tête ».
Propos recueillis par C.Merlaud pour Acturevue
Cohn-Bendit interviewé par Acturevue
Daniel Cohn-Bendit: Il nous faut démontrer qu’entre économie d’énergie, développement durable et sortie du nucléaire qui aura lieu dans 30 à 40 ans, il y a une alternative dès maintenant. Elle passe par les économies d’énergie et le développement des énergies renouvelables.
Je suis minoritaire dans le parti à penser cela. Il y a quand même de plus en plus de villes qui se posent la question.
Les voitures écologiques mettront un certain temps avant de se développer. Le problème réside dans ces phases de transition. Le débat sur le péage réapparaîtra dans quelques années. Il y a déjà 10 villes en Europe qui sont en train de se poser la question. Je suis très cool, j’attends que ça se pose aussi à Paris.
Nous avons besoin d’une contribution climat-énergie. Pour l’instant, il n’y a pas les forces politiques pour l’imposer. Mais de toute façon, elle n’existe toujours pas ; le gouvernement tel qu’il est aujourd’hui a laissé tomber l’idée.
Vous avez pris une certaine position sur la tactique à adopter pour les élections présidentielles, pouvez-vous nous en parler ?
J’ai mon opinion là-dessus, et le débat arrivera plus tard.
Je n’ai pas tapé sur le PS; Nous ne pouvons juste pas dire que nous allons nous remettre ensemble pour « faire comme avant ». Soit nous allons plus loin, soit nous n'allons pas plus loin. Mais politiquement, plus nous serons fort, plus nous aurons de poids pour faire ce changement, sinon, ce sera « comme avant ». Je ne tape pas sur eux, nous voulons des conditions. Si nous étions comme le PS, nous serions au PS. Si nous ne sommes pas comme le PS c’est parce que nous avons d'autres choses à proposer. Plus nous aurons un score élevé, plus nous aurons un groupe conséquent au Conseil Régional, plus nous pourrons proposer des politiques. Si nous faisons 17, 18, 19 ou même 20% en Ile-De-France, nous doublons la mise, et aurons une autre possibilité d’intervention politique.
Cette question est aberrante. Aujourd’hui, tout le monde est d’accord pour dire que la stratégie de l’UMP est perdante car ils n’ont fait qu’une liste et on nous demande pourquoi on ne ferait pas la stratégie perdante à gauche ? Si nous avons une élection à 2 tours, il y a la démocratie du premier tour et le rassemblement au deuxième tour. Si nous n'avions fait qu’une liste, il n’y aurait personne à rassembler. L’UMP est incapable de rassembler. Il y a une diversité dans l’électorat, il faut mobiliser cette diversité. Deux seules forces au premier tour, c’est l’ennui. Vous auriez eu Huchon et vous auriez eu Pécresse... Cécile n’aurait pas existé et donc nous, nous n’aurions pas existé.
Mais non … Vous en riez vous même. C’est inimaginable. Je pense que c’est bon comme ça, et cela nous permet de savoir ce que l'on représente en tant que force politique.
Nous ne sommes pas les uns contre les autres mais les uns à côté des autres.
Oui, nous sommes à côté de l’UMP, c’est vrai. Nous avons un programme, et si nous avons un certain nombre d’électeurs, et bien nous serons une force politique influente. Et en tant que force politique, nous nous allierons avec ceux qui nous sont proches.
Propos recueillis par C.Merlaud
au meeting national d’Europe Ecologie au Cirque d’Hiver à Paris le 10 mars dernier.
"On n’est pas les uns contre les autres mais les uns à côté des autres."
"Oui, on est à côté de l’UMP, c’est vrai."
"L’UMP est incapable de rassembler. Il y a une diversité dans l’électorat, il faut mobiliser cette diversité".
Affaire Soumaré: Le maire UMP doit-il démissionner?
Depuis que le candidat UMP dans le Val d’Oise, maire de Franconville, a déclaré que son adversaire PS, Ali Soumaré serait un « délinquant multirécidiviste », la polémique ne cesse d’être alimentée. Les accusations de l’élu UMP et de son acolyte Sébastien Meurant sont très graves et sûrement très fausses. Peuvent-ils diffamer quelqu’un dans le seul but de remonter dans les sondages ? Pécresse et Lefebvre peuvent-ils cautionner de telles manœuvres (sûrement illégales)?
Francis Delattre reproche, en effet, à Ali Soumaré d’avoir été condamné en :
Si Ali Soumaré reconnaît effectivement l’infraction de 1999 qui était selon lui « une erreur de jeunesse », il nie les 3 autres, et rappelle que la quatrième accusation est en cours, puisqu’il a fait appel lundi, le jugement n’étant pas définitif.
Ali Soumaré accusé d’être un multirécidiviste
Comme le rappelle Maître Eolas sur son blog, en aucun cas Ali Soumaré ne peut être qualifié de délinquant multirécidiviste puisque la récidive « suppose la réitération d’une même infraction ou d’une infraction que la loi assimile à la première ». Il aurait donc fallu, pour ceux qui savent compter, au moins quatre infractions de même nature, pour que le candidat PS soit un multirécidiviste. Il n’est d’ailleurs même pas certain qu’il soit récidiviste.
Un homonyme et de fausses accusations
La Procureure de la république de Pontoise a confirmé que la peine la plus grave, imputée au candidat socialiste concerne un homonyme. Soumaré n’aurait donc jamais commis de vol aggravé avec violence ni d’usage de carte de paiement contrefaite. Celle-ci précise en plus que cette condamnation concernait un mineur. Or, les condamnations des mineurs ne sont pas accessibles au public.
Le Maire UMP a-t-il pu se procurer les preuves de manière légale ?
Pour un élu qui accuse le PS d’avoir nié les principes républicains, il serait étonnant que celui-ci se procure des preuves à la manière d’un voyou. Et pourtant, comme le remarquent différents avocats ou greffiers sur la toile, il est peu probable que Delattre ait agit légalement.
Les deux maires UMP prétendent s’être procuré des preuves qui sont disponibles au grand public puisque chacun pourrait y avoir accès par internet. Or, ils parlent des bulletins judiciaires qui ne sont accessibles par internet que si c’est l’intéressé qui en fait la demande. Delattre aurait pu dénicher le passé judiciaire de Soumaré à l’aide des décisions de justice (celles qui rendent compte du procès), mais encore aurait-il fallu qu’il connaisse le jour exact de chaque jugement, notamment celui qui remonte à onze ans. Delattre et Meurant ont sans doute consulté ces informations via le fichier STIC (qui récence les infractions). Cependant, ce fichier n’est en principe accessible qu’aux magistrats ou policiers.
Ont-ils profité de fuites internes ? Ont-ils par exemple utilisé leurs ressources ? Puisque se trouvent sur la liste UMP un conseiller à la sécurité d’Hortefeux et un syndicaliste de police ? Cela paraît plus que probable, surtout que les greffiers ne donnent pas à tous, sans motif particulier, les décisions de justice.
Ces coups bas de campagne évoquent bien plus
Le maire de Franconville est lui aussi, semble-t-il un récidiviste. Après avoir clamé lors d’un meeting que Soumaré ressemblait plus à un « joueur de l’équipe du PSG » qu’à un homme politique, il lance des accusations fausses pour la plupart et trouvées de manière, (sauf preuve du contraire), illégale.
En outre, la position du maire nie totalement les principes de réintégration et d’expiation de sa faute. Soumaré, une fois qu’il a purgé sa peine, ne pourrait pas, selon lui, se présenter à des élections. Que dire alors pour Alain Juppé qui a été condamné à payer sa dette et s’est retrouvé ministre et maire de Bordeaux ?
Et tous ces hommes politiques qui ne cessent d’essayer de taire leur déboire avec la justice ? A commencer par Chirac, Huchon, Pasqua, Balkany, Le Pen, Royal. Il serait presque plus difficile de chercher le personnel politique qui n’a pas eu affaire à la justice.
Des accusations graves en toute impunité ?
Est-ce normal de lancer de telles accusations sur la place publique sans aucune vérification préalable ? La presse qui a relayé l’information, en l’occurrence Le Figaro, n’a pas vérifié et recoupé les éléments et a donc publié des accusations erronées. Sans savoir si elles avaient été récoltées de façon légale.
Il va de soi qu’il y a beaucoup de responsables dans cette affaire. Que Soumaré soit coupable ou non pour certains délits, tous les coups ne sont pas permis.
Pécresse, qui a cautionné les propos de son collègue UMP, revient maintenant sur ses propos et « condamne l’acte de Francis Delattre ». Mais n’est-ce pas trop tard ? Cette dernière ne dit mot sur l’attitude de la tête de liste UMP dans le Val d’Oise, Axel Poniatowski qui a repris les mêmes accusations.
Que signifierait l’acceptation de tels agissements ?
Légitimer l’action du maire UMP, le consentement de Frédéric Lefebvre ou de Valérie Pécresse apparaîtraient comme choquant. Cela nierait certains principes démocratiques, mais cela consoliderait également la jurisprudence actuelle qui autorise tout membre politique à diffamer ou déclamer des propos racistes à sa guise, sans qu’aucune sanction ne soit prise à son encontre. L’affaire Delattre succèderait alors à celle d’Hortefeux, Valls et bien d’autres.
D.Perrotin